LE CHANT QUI PASSE
Au milieu des ilôts,
Eu ce jour de lumière et de joie,
Notre bateau s'avance orgueilleusement à toute vitesse
Sous les mille drapeaux qui le décorent.
Les chants sonores des jeunes hommes, L'exubérante allégresse qui éclate des cœurs Envahit tout le fjord Et remplit de joie les anses étroites.
A l'avant du bateau résonnent Les sons du cor et de la trompette,
150 POESIES COMPLÈTES D'jBSEX
A L'église voisine carillonnent les cloches. Cependant le paysan sur les bords du Sund ne les
entend pas.
Non, il n'entend pas la cloche pieuse
Et il oublie son livre d'heures.
Il ne se rappelle plus l'instant de l'office ;
Il n'a d'oreille que pour les gais chanteurs du dimanche,
Et cependant, même là, Les yeux ouverts d'étonnement, Ravi par l'harmonie musicale, Il est encore près de Dieu.
Sans doute il ne sait pas pourquoi c'est ainsi,
II ignore par quel moyen !
Mais son sang coule plus vite
Et tantôt la joie et tantôt la tristesse l'émeuvent fortement.
Soudain il se dresse sur un monticule Là-bas au bout du cap,
Et quand le chanteur agite en l'air son chapeau Le campagnard porte la main à sa casquette.