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LE CHANT QUI PASSE

Taudis que les chanteurs traversent le chenal chauve

et nu Sur la vague bleuâtre, Là-haut guettant la fumée du bateau Il l'attend et le suit tant que son œil peut voir.

Nous volons à la surface de l'eau en agitant des drapeaux, Nous chantons joyeusement comme des oiseaux, Mais lui, rivé au sol, comprend (x)ue quelque chose de grand vient de passer devant lui.

Vers des fêtes étincelantes,

Où les tables sont parées de fleurs, nous allons !

Mais lui ne connaît d'autres hôtes

Que les sévères prêtres du silence.

Et pourtant, oh ! mon jeune ami, ne te repens point De lui avoir fait manquer l'office.

Certainement en voyant le joyeux bateau En lui se sont reflétés la lumière et le chant.

Ainsi devons-nous faire, nous autres frères, Sur la route fortunée de l'existence,

152 POÉSIES COMPLÈTES D'iRSEN

Chantons joyeusement

Au bout des fjords et auprès des sunds !

Il n'est pas de grotte silencieuse Où ne résonne Fécho, Et nous sommes ces oiseaux chanteurs Qui portent la semence dans leur bec.

Qu'importe où nos ailes nous mènent Par la montagne ou par le fjord, Si de notre bec tombe le grain Qui germera dans la terre féconde !

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