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FLEURS DES CHAMPS ET FLEURS DEPARTEMENT

« Mon Dieu, votre goût me paraît étrange; Je me demande si vous avez des yeux.

Elle n'est vraiment pas belle, et, à vrai dire, C'est une petite folle, votre amie ! »

Assurément je serais mieux dans la note Du roman et du drame du jour, Si je choisissais Félue Parmi les types normaux.

Ces types qui rappellent les fleurs de serre, Qui se dressent entre les deux fenêtres du salon,

178 POÉSIES COMPLETES o'iBSEN

Et qui verdissent sous la chaleur artificielle du poêle, Dans le terreau tiède des pots.

Ces fleurs qui régulièrement s'entr-ouvrent Après chaque hiver!

Oui, je le reconnais, si j'étais raisonnable, C'est dans ce genre bourgeois, que j'aurais dû élire

Taimée !

Mais à quoi bon les conseils de la raison? Sa voix m'obsède !

Car l'enfant est une délicieuse fleur des champs Qui compte seize printemps.

Bientôt se réuniront à Upsale les jeunes hommes. Il y aura des discours prononcés et on chantera gaiement.

Moi-même pour cette occasion j'ai fait un poème, Inspiré que je fus par cette idée d'une réunion de la

jeunesse.

J'ai profité d'un instant de confiance ai: milieu de mes

hésitations, Et déjà je partais du pied droit.

Mais non, je reste ! Derrière moi j'ai décidé de fermer la

porte,

Et désormais ici je demeurerai loin et isolé de vous les

jeunes.

Que le bonheur accompagne votre joyeuse assemblée,

Que la joie soit avec vous qui vous contentez avec des

jeux*

Que le soleil vous donne une belle journée d'été, Que l'air de la foret soit pur à vos poumons. Que le vent porte au loin vos chansons. Que la brise agite vos bannières et que le soleil vous

sourie.

Que l'heure soit fortunée et les nuits pures Le long de votre chemin.

Je vous vois passer de loin,

J'entends môme votre chant qui m'est bien connu. Cependant combien lointaine, combien étrangère Me semble votre troupe joyeuse.

C'est tout un monde disparu, des êtres défunts Qui m' apparaissent au milieu de votre groupe en fôte ! Des vaines paroles et de l'ivresse du festin Naît le spectre dupasse.

De même que la jeunesse du Nord s'agite bruyamment, De même aussi la jeunesse italienne s'est remuée jadis.

La théorie des jeunes qui descendait les Apennins Réveillait de sa torpeur le peuple endormi.

C'était au commencement du siècle ; ils agissaient dans

la brume.

Aujourd'hui leur drapeau est attaché au château Saint- Ange.

De même que la jeunesse du Nord s'agite bruyamment, De même aussi la jeunesse allemande s'est remuée jadis.

Oirrêvait d'union, tous séparément voulaient l'unité, On rêvait du drapeau noir à l'aigle d'or.

La gravité n'était pas exempte de ces fêtes,

Des vieillards étaient les hôtes de ces jeunes hommes.

La raison principale de leur réunion Etait d'agiter ensemble leur drapeau.

Et malgré les difficultés et à travers la tempête Jamais ils n'abandonnèrent ce symbole.

Ils se construisirent une maison

Et ils entendirent l'entourer d'une solide muraille.

182 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Ils voulurent la réalisation de leur rêve et ils ont

triomphé.

L'Europe est mûre maintenant et les peuples sont

réveillés.

• Voilà pourquoi lointaine et étrangère Me semble votre troupe joyeuse.

C'est tout un monde disparu, des êtres défunts

Qui m'apparaissent au milieu de votre groupe en fête.

Des vaines paroles et de l'ivresse du festin Naît le spectre du passé.

Pourquoi se tait la seule voix puissante Qui pourrait vous tirer de votre sommeil ?

Je vais vous le dire. Cette bouche est devenue muette

comme la tombe Depuis qu'un peuple trop jeune a reçu le bienfait de la

liberté.

C'est là un lourd cadeau

Qui pourrait bien sous son poids faire sombrer le

bateau qui le porte.

Entre nos mains on a déposé une superbe épée Sans nous apprendre à nous en servir.

Voilà pourquoi l'heure est périlleuse

Gomme cette arme entre les mains d'un enfant.

Nous écoutons patiemment les savants

Et nous touchons d'une main gantée la réalité.

Hélas ! nous vivons dans le rêve

Et nous manquons de virilité pour l'action.

Esprit du siècle, quand viendras-tu donc Nous arracher à notre léthargie ?

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