L'HOMME DE LA MONTAGNE
Muraille du souterrain, écroule-toi
Sous les coups de mon lourd marteau !
Il faut que je me perce un chemin vers le bas
Jusqu'à ce que j'entende résonner l'airain.
Dans la profondeur sombre de la montagne M'attire un riche trésor.
Des diamants, des pierres précieuses Sont là sertis de cercles d'or !
Et la paix et le silence
Régnent éternellement dans cet antre.
188 POÉSIES COMPLETES D'iBSEN
Fraie-moi donc la route, dur marteau, Jusqu'à ce que j'atteigne le cœur où se dissimule le
trésor.
Jadis j'étais comme un enfant joyeux Vivant sous le ciel étoile,
Je marchais sur les routes aux marges fleuries, Je possédais la paix du cœur.
Plus tard j'oubliai la splendeur du jour
Dans la mine noire.
J'oubliai le murmure des saules
Dans cette galerie obscure où je vis maintenant.
La première fois que je descendis dans ce puits,
Mon âme était pure.
Et je pensais que je trouverais là
La réponse à l'énigme de la vie.
Jusqu'à présent aucun esprit
Ne m'a révélé la vérité.
Jusqu'à présent aucune lumière n'est venue
M'éclairer de l'autre côté.
l'homme de la montagne 189
Me serais-je trompé ?
La lumière n'est-elle pas à l'autre bout de cette route ?
Le soleil m'aveugle pourtant, n'est-il pas vrai,
Si je regarde en haut.
Non, il faut que je descende dans les entrailles de la
montagne.
Là régnent la paix et le silence éternels. Fraie-moi la route, dur marteau,
Jusqu'à ce que j'atteigne le cœur où se dissimule le
trésor.
Jusqu'au dernier jour de la vie Mon marteau frappera sans discontinuer laterre. En attendant aucune lueur matinale ne m'apparaît, Aucun rayon d'espérance ne brille pour moi.