LA FOI
(sur la guerre dano-allemande)
Comme retentit une cloche d'alarme, Ainsi résonnèrent mes vers à travers le pays. Mais je
n'effrayai personne.
J'avais fait mon devoir. Je pris donc le bateau Et quittai en hâte notre délicieux pays.
Le brouillard nous força de rester dans le Gattégat. Et personne ne s'endormit pendant la première nuit.
La cabine principale était transformée en conseil de
guerre Et les voyageurs discutaient la prise de Dybbol.
208 POÉSIES COMPLÈTES I)'lBSEN
On parla longuement et on cita des traits d'héroïsme Des jeunes volontaires.
Un neveu d'un voyageur s'était enfui de la maison pour
se faire enrôler, Un autre voyageur, lui, avait perdu ses commis de la
même façon
Et on aurait cru vraiment que ces gens souffraient Puisqu'à peu de chose près ils jouaient un rôle personnel dans la guerre .
Sur le sopha et sous la lampe,
On remarquait une femme âgée qui semblait courageuse,
intrépide même !
A elle allait l'unanimité des sympathies, Chacun voulait la consoler de son mieux.
Avec des soupirs et des cris plaintifs les dames attestaient leur inquiétude Pour le fils unique de la vieille femme.