‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 19 sur 76 · LA COURTISANE · texte numérisé non relu

LA COURTISANE

Surmontant le dégoût des baisers pleins de baves, Circé qui te repais des hontes du vieillard, Et changes dans tes nuits les gloires en épaves, Quelle angoisse, réponds, nous dérobe ton fard ?

Dans ta sérénité, rempart inattaquable, L'ennui plane-t-il seul sur ton front nonchalant ? Toujours inassouvie et toujours implacable, Est-ce la soif de l'or qui te ronge le flanc ?

Peut-être, un de ces soirs aux senteurs souveraines Où, comme un flot d'encens, les paradis perdus, Refluant du passé dans leurs candeurs sereines, Nous font sentir l'horreur des gouffres descendus;

Peut-être as-tu maudit l'amour qui t'a trompée; Et que, croyant tarir la rancune et le fiel, Tu te venges sur tous,' dans ta froideur drapée, Des cris désespérés que méprisa le ciel.

Vide ou non, ce regard à la terrible geôle

De tes bras conduit ceux qu'a marqués ton orgueil

Et dès que tu souris, l'enfer qui les enjôle

Dore les profondeurs sinistres de ton œil !

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