‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 28 sur 76 · PEINTRE EMAILLEUR ET POETE · texte numérisé non relu

PEINTRE EMAILLEUR ET POETE

Les Muses qui berçaient jadis tant de berceaux, Claudius, ont baisé ta lèvre et tes paupières, Et les ongles d'émail de ces douces guerrières Ont sur ton front tracé deux des sublimes sceaux.

Les rois de fer et d'or sous l'azur des arceaux N'ont plus même l'orgueil du sang de leurs rapières; Toi, tu peux, conquérant du rythme et des lumières, Léguer ton œuvre au temps sans peur de ses assauts.

Ton âme fut choisie et ta main fut pourvue Pour enchanter l'esprit, pour éblouir la vue, Mais non du lecteur morne ou du passant banal.

Si l'Art est la noblesse et l'honneur de la vie, Deux fois noble, tu veux que deux fois l'on t'envie Un blason recouvert d'un pli seigneurial".

LES AÏEUX IOI

LES qAIEUX

kA François Coppée.

Plein des ferments actifs par les soleils mûris, Le fourmillement jeune et bestial des races, Aux vierges appétits de ses âmes voraces, Dans le monde aussitôt jeta ses plus grands cris.

O passé ! Premiers bonds effrénés des esprits ! Babels dont jusqu'aux cieux tournoyaient les terrasses, Flammes des rois vaincus, triomphales cuirasses, L'or, l'airain, le granit, pour les âges pétris !

Héroïques remparts, criminelles Gomorrhes, Pêle-mêle des dieux, des empires sonores, Du désert extatique et des saintes forêts!

Tout cela dort, silence, oubli, sable et ruine!

Plus rien, que près du rire hébété de la Chine,

Le grand soupir de l'Inde, ancêtre aux lourds secrets!

^COEL

kA Sully Trudhomme.

Déjà combien de fois, avec tranquillité, Ce vieux monde a refait le tour de son orbite ! Nous aurons disparu dans quelque horreur subite, Qu'il tournera toujours, ni las, ni révolté.

Toi dont l'âme insoumise a soif d'immensité, Agis ou rêve, lutte, aime ou détruis, habite Ta cellule en soldat ou bien en cénobite, Tourne, va du désir à la satiété.

Ris, pleure et souviens-toi dans chaque anniversaire ! As-tu senti deux fois le battement premier? Tout ce qui meurt en toi reste éternel fumier!

Parle encore aux enfants du divin émissaire, Sans plus même chercher pour le fer ou le feu Une crèche nouvelle où dorme un nouveau Dieu !

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