LE RETOUR III
Sous l'idéal reflet de sa lampe immortelle, Elle est seule là-haut qui t'aime et qui t'attend, Celle dont le baiser guérit toute blessure ! Voyageur revenu de la patrie obscure, Qui restes là dehors, inerte et repentant, Rentre pour contempler en paix hommes et choses Dans le serein mépris des désirs superflus ! Qu'as-tu donc dit en vain, si tu ne parles plus? » — Et la maison disait : « Des fenêtres mal closes Tous les vieux souvenirs, tous les futurs espoirs Dans l'ombre jusqu'à toi filtrent par mille issues ; Si tu ne peux monter aux murailles moussues, Que m'importe ton corps promis aux festins noirs ? C'est l'unique tribut de ta pensée, ô maître ! Que je veux, pour remplir mes cellules enfin De trésors plus polis que ceux d'or le plus fin ; Fais qu'elle m'enveloppe et qu'elle me pénètre, Par les fentes du toit, par le seuil lézardé, L'élaboration de l'absence ou des veilles ! O voyageur parti, le front plein de merveilles, Qu'as-tu donc enrichi, si ton crâne est vidé? »
LE "BoALCO^i
Je sais évoquer le passé lointain:
Qu'importe le temps, l'absence, ou l'espace? Un regard, un geste, un soir, un matin, Je sais évoquer le passé lointain.
Dans le souvenir, ce miroir sans tain, Je revois souvent le rayon qui passe.
Je sais évoquer le passé lointain; Qu'importe le temps, l'absence, ou l'espace?
C'était au balcon, et la nuit passait; Nos âmes flottaient dans sa rêverie.
Dans vos noirs cheveux le vent frémissait. C'était au printemps, et l'amour passait. Vous rêviez à lui, peut-être, qui sait? Vos doigts effeuillaient une fleur flétrie; C'était au balcon, et la nuit passait; Que d'amours naissants morts en rêverie !