‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 38 sur 76 · LE RÉVEIL · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL

Les modernes rumeurs à la fin se sont tues. Dans un jardin peuplé d'innombrables statues, La plus belle des nuits qui suivent les beaux jours Fait mouvoir des lueurs sur ces fixes contours. Près des rameaux émus d'un désir de caresses, Tous, les Faunes, les Dieux, les Nymphes, les Déesses, Troublés d'un torse nu qui tremble aux pièces d'eaux, Croient sentir une chair frissonner sur leur dos. Un tronc svelte, par place, achève un vieux portique; Et les Olympiens revoient un temple attique, Comme aux jours où chacun, autour d'autels fumants, Rôdait, soûl de nectar, ivre d'embrassements, Pour qu'un baiser rapide illustrant des victimes Mêlât le sang divin au sang des corps sublimes. Ces déserteurs du ciel dont la Divinité N'avait d'autre vertu que la pure beauté, Ressuscites par l'Art en des formes divines, Sentent le sang divin dilater leurs narines.

Un parfum d'ambroisie et de myrrhe est épars.

Le vent comme un soupir s'éteint. — De toutes parts

Quelque chose d'errant monte, flotte, étincelle,

Emplit tout d'un espoir de vie universelle,

Principe créateur des esprits et des corps,

Éternel artisan d'unions et d'accords,

Souffle qui vivifie, assimile et transporte

L'âme d'un Dieu perdu, l'odeur d'une fleur morte!

La Nuit, mère fertile et du monde et des Dieux,

La sainte Nuit qui clôt doucement tous les yeux,

Cache aux mornes témoins de la nature entière

Le mystère du rêve animant la matière;

Et propageant l'Amour au fond des longs sommeils,

La plus belle des nuits fait les plus beaux réveils!

Et le poète seul qui passe dans un songe

Voit le parc, au travers de la grille qu'il longe,

Tressaillir, plein d'échos oubliés dans les airs,

Plein de fantômes blancs et de socles déserts.

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