SOIR D'ÉTÉ
Là-bas, quels archets minuscules A Titania, pour son bal, Dans les lis et les renoncules Chanteront un fou carnaval !
Ce soir, quel orchestre invisible, A minuit, sur les nénufars, Jouera la valse irrésistible Pour les willis aux fronts blafards !
Quel aigipan brisant l'écorce Du chêne aujourd'hui son gardien, Fera luire et danser son torse Au clair de lune arcadien !
Mais Pan est mort, le Dieu d'Hellade Couronné d'herbe et de roseaux !
Et ce n'est que dans la ballade Que les willis sortent des eaux !
Le cor ne vibre ni n'expire ; Et les lutins, tournant en rond, Seulement dans le beau Shakspeare Dansent aux noces d'Obéron.
Et le démon à mon oreille Siffle avec un rire moqueur L'air qui, par une nuit pareille, Pour toujours a fondu mon cœur.
Et toute la nuit, dans l'allée, J'ai vu, comme des linceuls creux, Tous mes espoirs, troupe affolée, Se poursuivre ou se fuir entre eux.