‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 42 sur 76 · LE SEMEUR I · texte numérisé non relu

LE SEMEUR I

— Ton âme se déchire; et voilà ta pensée Qui sombre sous l'amas de tes rêves sanglants. Ceint aussi d'un reflet de pourpre sur tes flancs, Aux dernières lueurs de ta gloire passée, Homme ! à travers tes jours, tu marches à pas lents.

Tu nourriras bientôt l'herbe des sépultures ! Aux becs des vieux espoirs donne un dernier repas ! Féconde encor le champ des douleurs; ne crains pas L'affreux croassement dans les gerbes futures Dont tu pressens déjà les échos sous tes pas !

Fouille en ton sein la cendre encor chaude et vivace ! Aux vents froids de la vie ouvre ta large main; Et sous la calme nuit qui couvre ton chemin, Vengé, vers le tombeau tu peux tourner la face, N'ayant plus rien au cœur pour l'y semer demain !

SOI\ VÊTE

La fenêtre sur la nuit s'ouvre, Au fond du sombre corridor; Une brume d'argent recouvre Le parc touffu, plus vaste encor.

Le vieux marronnier sous la brise Incline son panache blanc Sur l'eau du bassin qui s'irise D'un rayon de lune tremblant.

Seul dans l'ombre je sens renaître Les premiers désirs à la fois.

Le passé frissonne en mon être, O jeunesse! ô parfums des bois!

Oh ! qui fera dans ce silence Éclater les bruyants accords D'un concert lointain d'où s'élance La voix stridente des grands cors !

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