‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 63 sur 76 · LES GOUFFRES · texte numérisé non relu

LES GOUFFRES

Je cherche une épouvante à l'amour comparable, Un abîme profond et vaste comme lui, Mobile hier, demain, toujours, comme aujourd'hui, Plein de monstres rôdant en troupe inexorable.

La mer? Non; le marin tombé dont le vaisseau Dans des gloires au loin fuit, les vergues chargées, Meurt bientôt, suffoquant après quelques gorgées, Ou coupé d'un seul coup de mâchoire à fleur d'eau,

Du funèbre élément au fond des mornes couches Il n'aura rien connu, ni l'horreur, ni le poids, Ni les crakens affreux cinglant ses membres froids, Ni les hideuses fleurs s'ouvrant, vivantes bouches.

Je cherche un infini comparable à l'amour, Qui nous roule éperdus dans d'effrayants mystères Où nous nous débattrons, victimes volontaires, Sans remonter jamais vers la clarté du jour.

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