COROT I
Dans ces asiles sûrs qu'aucune main n'offense,
Tous, ils recouvreront la foi de leur enfance,
Le symbole perdu du silence ou des mots,
Et dans leurs battements les battements jumeaux
De tout ce qui cherchant l'appel qui lui réponde
Se dilate et frémit sous la brise féconde !
S'aimer dans ces nombreux paradis de beauté,
C'est s'abîmer tous deux dans la félicité
D'un immatériel et surhumain mystère ;
C'est se ressouvenir, ou marcher sur la terre
Comme deux voyageurs que n'atteint plus la mort,
Ignorant le mensonge et la haine du sort,
Les crimes, les combats des hommes et leurs feintes,
Ne connaissant plus rien par delà leurs atteintes,
Bien loin de leurs autels et de leurs vils encens,
Rien que la fusion de l'esprit et des sens
Dans l'immortel Amour, le Souverain immense
Qui met toute sa gloire en toute sa clémence !
I98 LESAMANTS