‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 72 sur 76 · COROT · texte numérisé non relu

COROT

Écoute s'élever de partout la musique D'un hymne merveilleux, reconnaissant cantique, Un concert entendu pour la première fois, Chant suprême des chants, voix de toutes les voix Des êtres qu'un frisson marie et renouvelle Dans une éclosion sainte et perpétuelle.

Des pays de Jouvence aux célestes matins

Où nous aurons trouvé tous les secrets lointains,

Tari tous les nectars aux saveurs indicibles,

Bu tous les philtres, tous les baumes invisibles,

En de changeants décors transportés, contemplons

Les coins voluptueux, les séduisants vallons

Du royaume des soirs pâlis ! L'un près de l'autre,

Ainsi qu'en un berceau redevenu le nôtre,

Là goûtant des loisirs religieux, nos fronts

Parsemés de lueurs furtives, nous pourrons

Sentir nous arriver sur de tièdes haleines

Les vivantes odeurs qui tournent sur les plaines.

Les croyances des temps qui ne sont plus, alors,

En ce qu'elles avaient d'aimable, et sans efforts,

Refleuriront en nous dans un site propice,

Non loin d'un seuil sacré que le lichen tapisse;

Un vent soulèvera tes cheveux et les miens;

Un cri réveillera l'àme des bois païens;

Et soudain, sur les bords des sources bleuissantes, Dans quelque haut fouillis d'herbes phosphorescentes. Nous verrons devant nous passer des corps divins, Nous surprendrons au son du pipeau des sylvains Les Nymphes s'attardant aux rondes d'Arcadie ! Sous la ramure proche et sombrement verdie, Nous pourrons partager en égarant nos pas Les espoirs éthérés que l'arbre ne dit pas, Nous-mêmes parfumant de nos deux consciences Un brouillard de parfums et de réminiscences ! Ou bien, sur quelque tertre indolemment assis, Maîtres du temps qui coule, exemptés des soucis, Emplis d'échos au bruit des feuilles sur nos têtes, A demi disparus sous les ténèbres prêtes, Nous pourrons regarder au loin et voir longtemps Se diaprer l'azur et ses crêpes flottants, S'effacer par degrés les contours des collines, Toutes choses se fondre en nuances plus fines, Et s'étendre au-dessus des hameaux enfouis Le voile diaphane et nuptial des nuits !

Car l'Amour est vraiment le dieu de ces contrées Merveilles pour lui seul et par lui seul créées, Séjours miraculeux, 'exils d'élection Que conserve aux amants la fée illusion.

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