STELLA V ESPERA 7 I
Pour ne pas réveiller ce tentateur tranquille. Nous nous taisions, laissant derrière nous la ville.
Le peintre s'arrêtait; il murmura vers moi :
« Qu'est-ce que le génie, après tout? C'est ma foi
Qu'il est évocateur, aussi bien que prophète;
Que ce qu'il croit créer est l'image parfaite
D'un être que retient l'avenir ou la mort,
Ou qui, peut-être aussi, se cache à son effort,
Bien loin ou près de lui, mais dans son heure même,
Réalité vivante égale à l'art suprême,
Mais qu'un cercle défend, redoutable au désir,
Fatal à qui la cherche, et la voudrait saisir !
— Et selon vous, lui dis-je, il faudrait ainsi croire La réalité fille ou sœur de l'illusoire? »
Il se tut quelque temps, et, plus calme, reprit :
« L'art est un miroir clair pour un puissant esprit !
L'ancêtre, dont le nom m'est un âpre héritage,
Eut, dit-on, la folie et la gloire en partage.
Mais c'est un fait, célèbre à Florence, jadis,
Que cinquante ans après sa mort, sous Léon Dix,
Dans cette ville même, on ne sait d'où venue,
Vivait aux yeux de tous une femme inconnue,
Laquelle était l'exact et merveilleux portrait
De son chef-d'œuvre à lui, qu'un grand prince montrait,
Et que tous renommaient à l'égal d'un prodige.
— Et qui donc le possède aujourd'hui ? répondis-je.
— Quelque vingt ans après son palais s'écroula Dans la flamme avec lui. Mais laissons tout cela ; Venez bientôt me voir et parler de Florence.
Je sens pour cette ville une étrange attirance ; Et pour m'en délivrer il faudra bien qu'un jour Dans la noble cité je m'éveille à mon tour. »
En entrant, j'admirais à loisir, d'habitude,
Le riche encombrement du cabinet d'étude;
Comme de vieux amis, je les connaissais bien,
Tous ces dressoirs à jours de style italien ;
Ces ivoires jaunis, ces coupes, ces épées
Aux médailles d'acier par Cellini frappées ;
Ces bronzes florentins; dans leurs cadres toscans
Ces bustes de seigneurs aux grands airs provocants,
Qui tous à leurs pourpoints portaient la même date.
Cette fois, je passai devant eux à la hâte,
Mais non sans me sentir brusquement traversé
Par la sensation d'un glorieux passé ;
Et les mots de Centi sur Florence, la veille,
Me semblèrent encor tinter à mon oreille.
STELLA VESPERA Jj
L'atelier m'attirait ; et du premier coup d'œil Je demeurai cloué de stupeur sur le seuil, Comme un halluciné devant l'esprit qui passe. Sur cinq grands chevalets qui tous me faisaient face, Dans leurs cadres égaux, j'avais vu cinq portraits Éternisant cinq fois d'un coup les mêmes traits.
Du plafond, tout autour, tombait en masses lourdes La tenture au sujet païen, aux couleurs sourdes ; Et magnétiquement je reportai les yeux Vers les tableaux, travail d'un art prestigieux, Sur lesquels un jour vif affluant dans la salle Versait à pleins carreaux sa nappe triomphale.
Chacun semblait le but d'un vouloir différent.
L'on eût dit du premier quelque tout neuf Rembrandt.
C'étaient les mêmes fonds d'épaisses atmosphères
Et d'obscurité chaude aux attrayants mystères ;
Mais jamais le pinceau du maître hollandais
N'avait si loin poussé les ténèbres ; jamais
Si merveilleusement il n'en creusa les ondes
Sous une transparence aux caresses profondes.
Quant au visage même, à peine il paraissait
Sur les bords de la nuit qui l'ensevelissait.
Mais en me rapprochant, contemplateur avide,
Quelque baigné qu'il fût par une ombre fluide
Avare des blancheurs qu'elle dérobe au jour;
Quelque indécis que fût l'harmonieux contour
Du col à la poitrine où le sein vient de naître ;
Il me fallait aussi sur-le-champ reconnaître
Une noblesse éparse au sommet de ce front,
Dans les vagues lueurs qui plus bas se fondront;
Une suavité dans cette chevelure
Onduleuse; une grâce enfantine et si pure
Sur ces lèvres; partout, pour chaque ligne enfin,
Une virginité de calme séraphin,
Une fleur de jeunesse, une aristocratie
De rêve, s'unissant dans sa gloire adoucie
A la solennité d'une apparition
Dont Rembrandt n'a jamais cherché l'impression.
Concevez à présent cette confuse image S'avançant de degrés en degrés, d'âge en âge, De toile en toile, vers la lumière et vers vous; Du fond de ces vapeurs au rayonnement roux, Voyez-la s'imprégner chaque fois d'une vie Plus intense, toujours à l'ombre plus ravie, Virginale toujours, mais femme cependant De plus en plus, plus fière aussi vous regardant, Et des limbes premiers de son adolescence Arrivant, sous l'essor de sa jeune puissance, Jusqu'à l'éclosion enfin d'une beauté Sûre d'avoir conquis son immortalité.
Tels j'admirais, plongé dans de longues extases, Ces portraits successifs, insaisissables phases De la forme endormie encor dans sa candeur A la forme éveillée en sa riche splendeur, Qui se connaît et qui s'impose, de la vierge
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Qu'un songe inconscient et sans amour submerge
A celle qui se sent aimée, et dont les yeux
Ne réfléchissent rien d'un cœur silencieux.
Et maintenant, tout près de moi, la pâle tête
Qui dans le dernier cadre, illusion complète,
Respirait, échappée aux baisers de la nuit;
Dardait vers moi l'éclair d'un regard qui poursuit;
S'enveloppait dévie et d'éclat, palpitante
Des vivaces espoirs d'une héroïque attente,
Et magnifiquement, comme un matin d'été,
Epanouie au sein de sa propre clarté;
Ainsi qu'en un miroir un reflet qui s'obstine,
C'était bien cette fois la tête florentine
De Stella Vespera, telle que bien souvent
Naguère je l'avais contemplée en rêvant:
Jamais l'art ne fixa d'une main plus fidèle Dans son panthéon chaste un glorieux modèle; Jamais aussi, devant le génie et l'amour, Plus belle vérité ne se fit voir au jour.
Ainsi, mon souvenir, dans sa forme absolue, Triomphant, tout à coup se dressait à ma vue, M'enchaînait de nouveau, si loin ! et se parait D'un charme plus profond fait d'un nouveau secret, Sacrant tout l'atelier du silence des temples! Et moi, je m'abîmais dans ses prunelles amples. Bien des heures, j'avais jusqu'ici médité, En pensant à ses yeux, sur leur étrangeté;
j6 POÈMES ET POÉSIES
Ce jour-là, tout à coup, sur l'image imprévue J'en surpris la raison restée inaperçue. « Oui, me dis-je, en effet, l'un de ses yeux est noir Et luisant comme l'encre, et l'autre, comme un soir Sans lune, est d'un bleu sombre étoile de lumières; Et leurs disques rivaux emplissent les paupières ! »
Enfin, un dernier cadre, isolé dans un coin De l'atelier, forçait ma vue un peu plus loin. Ce n'était qu'une ébauche, une esquisse légère, Mais toujours de Stella, l'obsédante étrangère. Quel nimbe reluirait sur ce front renaissant? Centi voulait-il donc, d'un désir tout récent, Artiste inassouvi, surpasser la nature, Et jusqu'au surhumain tenter une aventure? Ou bien, comme il avait, magicien de l'art, Suivi cette beauté d'un scrupuleux regard Dans son progrès, depuis l'aube crépusculaire Jusqu'à l'heure qu'un ciel d'apothéose éclaire, Allait-il la poursuivre, artiste sans pitié, Dans son déclin aussi chaque jour épié?
Et le temps s'écoulait. Mes yeux enthousiastes Toujours interrogeaient ce visage en ses fastes; Et, comme sur les bords d'un puits vertigineux, Je me sentais sans fin pris dans les mille nœuds D'une énigme enlacée à l'énigme contraire ; Et nul raisonnement ne pouvait m'y soustraire; Et, dans la vaste salle où je demeurais seul,
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Il me semblait parfois que l'esprit de l'aïeul Derrière moi veillait au fond des angles sombres ; Car vers les murs déjà s'amoncelaient les ombres. Le soir vint. Éperdu d'extase, stupéfait, Je regardais toujours. Le génie, en effet, Ne laisse pas en vain sur ses œuvres l'empreinte D'une forte pensée. Une énergique étreinte Sort toujours de la toile abandonnée, et tient Dans son réseau subtil le profane qui vient Troubler impudemment l'atelier solitaire.
La nuit s'épaississait au fond du sanctuaire, Noyant tout, chevalets, cadres et cheveux blonds. Alors, et malgré moi, furtif, à reculons, Je partis lentement, chassé par ces fronts pâles Qui, lumineux, pareils à de larges opales, Paraissaient, sous le flux des ténèbres montant, M'enfoncer un regard de foule inquiétant.
Le malheur s'abattit sur moi cette nuit même,
Et pour longtemps crispa sur mon cœur sa main blême.
Au fond d'une retraite, au loin, et dans l'oubli
De Stella, je vécus un temps enseveli.
Je revins. Quelques jours plus tard, dans un musée,
Je promenais sans but ma tristesse apaisée,
Quand je vis disparaître, au bas d'un escalier,
Une vieille en costume au style singulier,
Qui me remémora la vierge d'Italie
Qu'à ses portraits lointains une énigme relie.
Je voulus pénétrer ce secret jusqu'au bout,
Et courus chez Centi. Je le trouvai debout
Devant sa dernière oeuvre; et ses yeux, dans l'ivresse
Du triomphe, élevaient leur brûlante caresse
Sur la toile achevée, et seule cette fois.
Lui-même s'agitait, parlant à haute voix,
Artiste émerveillé devant son propre ouvrage.
Dès l'abord, une joie éclaira son visage;
Il s'élança, me prit le bras, et, m'entraînant
En face du tableau, s'écria : « Maintenant,
Regardez!... Répondez! N'est-ce pas, qu'elle est belle i
N'est-ce pas, qu'elle arrive à l'amour qui l'appelle?»
Et moi, je regardais déjà, me demandant Comment il avait pu, d'un effort ascendant, Faire plus resplendir la tête sans rivale, Et, par plus de magie, en un plus pur ovale
STELLA VESPERA
Vivifier ces traits sous un ciel ébloui. Comme autrefois, toujours, c'était bien aujourd'hui Le beau front lumineux et chargé de pensées; Mais son éclat, vainqueur des ombres dispersées, Brillait plus éloquent encore; il se gonflait, Flamboyant, agrandi sous le double reflet D'un éternel bonheur et d'une paix conquise. C'était, sous la lueur changeante qui l'irise, La même chevelure aux anneaux blonds et bruns, Libres et déroulés sans fin, dont quelques-uns, Voluptueux flocons qu'un sein grec illumine, Flottaient confusément aux bords de la poitrine. Mais, plus souple auréole et plus suave encor, S'épandait sur le cou leur opulent trésor. Les yeux étaient toujours aussi pleins, aussi chastes, Aussi profonds, l'un bleu comme les nuits néfastes Sans lune, l'autre, noir comme l'encre, et tous deux Limpides; mais le large éclair qui sortait d'eux N'était plus la clarté de l'orgueil ni du rêve ; C'était l'ardent rayon de l'amour qui se lève; Et la lèvre, plus rouge encor, plus finement Découpée aujourd'hui, comme pour le serment Et pour l'aveu, s'ouvrait au baiser qui l'attire. On sentait à travers ce superbe sourire La victoire éclater dans la soumission, Comme aussi dans ces yeux, avec la passion, Passer l'enivrement d'une beauté céleste. Et comme refoulant derrière elle, d'un geste, Et pour jamais, bien loin, les brumes d'autrefois,
Par un miracle d'art qui renverse les lois, Dans la pleine lumière où chaque trait s'anime Elle avançait vers nous son visage sublime.
Et c'était l'idéal, pensais-je, que là-bas, Malgré tout, l'autre encor ne réalisait pas.
« Enfin! s'écria-t-il, cette fois, c'est bien elle!
N'est-ce pas, qu'elle vit? n'est-ce pas, qu'elle est belle?
Une âme plane aussi sur ma création,
Et ton cœur bat en moi, divin Pygmalion!
Qui donc a pu railler ton amour ineffable?
Ta Galatée, ô Grec! n'était point une fable!
Ce n'est pas ta statue au marbre radieux
Qui s'anima pour toi sous le souffle des dieux.
Non. Mais ils t'ont permis, ton oeuvre terminée,
De rencontrer alors la femme devinée!
— Celle-là, quant à moi, j'en reste convaincu, Lui dis-je, n'est qu'un songe, et n'a jamais vécu. Mais les autres, Centi ! Vous avez, je le jure, Sous le soleil de tous vu passer leur figure!
— Où donc l'aurais-je pu ? dit-il. Mais que me font Ces ébauches, d'ailleurs ! Dans leur néant profond Qu'elles rentrent! Voici la seule qui soit faite Pour moi, l'évocateur, ou pour moi, le prophète! Et maudits soient-ils tous, les pinceaux! Je suis né Trop tard, ou bien trop tôt. L'amour est condamné!
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Car l'amour est au fond du royaume des rêves, Dans les bosquets perdus qu'ont remplacés les grèves, Dans les mondes encor sans voix et sans échos, Dans le silencieux amas des vieux chaos, Dans la poussière d'or des mirages splendides, Ou dans les paradis noyés des Atlantides! Oui, je vous dis qu'un jour elle vivra, sinon Qu'elle tôt morte à jamais sans avoir su mon nom! »
Et pendant qu'il parlait, je voyais sur sa lèvre
Trembler le désespoir furieux et la fièvre.
« Regardez, reprit-il, elle a chassé la nuit
Qui jadis l'entourait, jalouse, et qui s'enfuit!
Elle apparaît, semblable à l'étoile dernière,
Sur mon cœur épanchant tout un ciel de lumière!
Et je l'aime! Et jamais l'éclair d'un œil vivant,
Je le sais, ici-bas n'a frappé plus avant,
Ni fait plus tressaillir les profondeurs d'une âme!
Dans l'amour infini d'un amant, jamais femme,
Comme une reine au fond d'un palais, n'a marché,
De salle en salle, aux chants d'un orchestre caché,
Vers un trône plus beau, d'un pas plus sûr! Je l'aime,
Celle-ci dont ma main a retracé l'emblème,
La morte, ou l'invisible encor, l'être innomé
Qui, si j'avais vécu plus tôt, m'aurait aimé,
Qui m'aimerait plus tard, si je pouvais revivre!
La femme qui peut-être à l'heure même enivre
Quelque part d'autres yeux, ô rage! que mes yeux,
Et qui doit, loin de moi, mourir sous d'autres cieux !
Ah! si vraiment tu vis, si je pouvais le croire, Périssent d'un seul coup mon génie et ma gloire! Et vienne aussi la mort! Je l'accepte, content, Pourvu que je te voie une heure, un seul instant, Et te parle, et t'entende, et t'admire, et t'adore, O toi qui m'aimeras! ô femme dont j'ignore La patrie et le nom! toi qui prends mon destin, Et souris comme au ciel l'étoile du matin! »
Je frémissais ainsi qu'un blessé que l'on touche, Et mon secret déjà s'échappait de ma bouche; Derrière nous un bruit de pas, en ce moment, Nous fit nous retourner tous les deux brusquement Vers le vaste rideau qui recouvrait l'entrée. Dans un angle une main, vive lueur montrée, Avec un geste prompt l'écarta tout entier, Repliant les anneaux sur la tringle d'acier. Et debout sur le seuil, grande et noble statue, Une femme était là, royalement vêtue, Comme en un autre cadre, immobile, ses traits Recouverts d'un long voile aux attirants secrets, Pareille aux visions des nuits surnaturelles, Qui, dilatant d'effroi les yeux fixés sur elles, Fascinent les vivants par leur solennité. Une femme était là, sûre de sa beauté, Au maintien qu'aussitôt j'avais cru reconnaître, Et vers qui, jaillissant de la haute fenêtre, Comme pour un salut, ruisselèrent d'un bond Les feux enorgueillis du soleil moribond.
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A peine elle aperçut la peinture immortelle, Que l'ombre étincela sous la riche dentelle; Alors, d'une voix lente, au timbre musical Comme le clair écho d'un sonore métal, Elle laissa tomber ces mots dans le silence :
« Au beau siècle de l'art, autrefois, dans Florence, Grand parmi les plus grands fut l'un de vos aïeux, Dont le chef-d'œuvre était le portrait merveilleux De mon aïeule à moi, qu'on nommait par la ville L'étoile du matin. Dans un siècle infertile Votre nom seul rayonne. En vous je reconnais Le plus digne héritier des anciens; je venais Demander au Centi revivant de renaître Sous le divin pinceau qu'il tient de son ancêtre, Moi, dont le nom, là-bas, est l'étoile du soir! »
Et moi, je frissonnais plus fort, car je pus voir,
Son voile ôté, Stella vers l'œuvre prophétique
Marcher, reflet palpable et modèle identique;
Je sentais mes cheveux se hérisser d'effroi,
Car Centi tout à coup s'était rué sur moi,
Car ses ongles m'entraient dans la chair leurs tenailles.
Et j'entendais courir, en rayant les murailles,
Le rire aigu qui glace et qui pénètre en nous,
Le rire intarissable où se tordent les fous !
\ÉVO L7E
Car les bois ont aussi leurs jours d'ennui hautain; Et, las de tordre au vent leurs grands bras séculaires ; S'enveloppent alors d'immobiles colères; Et leur mépris muet insulte leur destin.
Ni chevreuils, ni ramiers chanteurs, ni sources claires. La forêt ne veut plus sourire au vieux matin, Et, refoulant la vie aux plaines du lointain, Semble arborer l'orgueil des douleurs sans salaires.
— O bois ! premiers enfants de la terre, grands bois ! Moi, dont l'âme en votre âme habite et vous contemple, Je sens les piliers prêts à maudire le temple.
Un jour, demain peut-être, arbres aux longs abois ! Quand le banal printemps ramènera nos fêtes, Tous, vous resterez noirs, des racines aux faîtes !
LA PRISON 8f
Loi VRJSOfrd
Comme les hauts piliers des vieilles cathédrales, O rêves de mon cœur, vous montez 1 Et je vois L'ancien encens encore endormir ses spirales A l'ombre de vos nefs, ô rêves d'autrefois !
Comme un orgue dompté par des mains magistrales, O ma longue douleur! je t'écoute; et ta voix Murmure encor l'écho des plaintes et des râles Que j'ai depuis longtemps étouffés sous mes doigts !
— Allons ! prêtre enfermé qui saignas sous l'insulte, N'as-tu pas renié ton église et ton culte, Et brisé l'encensoir aux murs de ta prison?
Debout! Etends les bras sans fermer les paupières ! Qu'ils croulent, ces arceaux dont tu sculptas les pierres. Dût leur poids t'écraser du coup, comme Samson !