LE VIEUX SOLITAIRE
Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux, Dédaigné des croiseurs aux bonnettes tendues, La coque lourde encor de richesses perdues, De trésors dérobés aux pays fabuleux.
Tel je suis. Vers quels ports, quels récifs, quels abîmes, Dois-tu les charrier, les secrets de mon cœur? Qu'importe? Viens à moi, Caron, vieux remorqueur, Écumeur taciturne aux avirons sublimes !
HEéM\ICK, LE VEUF
Un amas orageux charge les horizons Des gorges de Carnac aux sauvages gazons; Aux vieux troncs crevassés de profondes gerçures; Aux grands dolmens rangés dans la brume, tout droits; Aux flaques rougissant sur les bords par endroits, Où, comme un assassin couvert d'éclaboussures, Avant de disparaître au revers du plateau, Le soleil vient laver sa face et son manteau.
Un grondement lointain comme un signal s'approche. Et de l'Est asombri, par bonds, de roche en roche, Sur le sol où se traîne un reflet en lambeaux, La voix plus menaçante après un court silence, Le souffle bref, la nuit se déploie et s'élance, Pleine d'éclairs subits qu'on croirait des flambeaux