‹ Poésies complètesChapitre 28 sur 59 · LAZARE · texte numérisé non relu

LAZARE

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A la voix de Jésus, Lazare s'éveilla ; Livide, il se dressa debout dans les ténèbres ; Il sortit tressaillant dans ses langes funèbres, Puis, tout droit devant lui, grave et seul, s'en alla.

Seul et grave, il marcha depuis lors dans la ville, Comme cherchant quelqu'un qu'il ne retrouvait pas, Et se heurtant partout à chacun de ses pas Aux choses de la vie, à la plèbe servile.

Sous son front reluisant de la pâleur des morts Ses yeux ne dardaient pas d'éclairs; et ses prunelles. Comme au ressouvenir des splendeurs éternelles, Semblaient ne pas pouvoir regarder au dehors.

Il allait, chancelant comme un enfant, lugubre Comme un fou. Devant lui la foule s'entr'ouvrait. Nul n'osant lui parler, au hasard il errait, Tel qu'un homme étouffant dans un air insalubre.

Ne comprenant plus rien au vil bourdonnement De la terre; abîmé dans son rêve indicible; Lui-même épouvanté de son secret terrible, Il venait et partait silencieusement.

Parfois il frissonnait, comme pris de la fièvre, Et comme pour parler, il étendait la main; Mais le mot inconnu du dernier lendemain, Un invisible doigt l'arrêtait sur sa lèvre.

Dans Béthanie, alors, partout, jeunes et vieux Eurent peur de cet homme; il passait seul et grave; Et le sang se figeait aux veines du plus brave, Devant la vague horreur qui nageait dans ses yeux.

Ah! qui dira jamais ton étrange supplice, Revenant du sépulcre où tous étaient restés, Qui revivais encor, traînant dans les cités Ton linceul à tes reins serré comme un cilice !

Pâle ressuscité qu'avaient mordu les vers! Pouvais-tu te reprendre aux soucis de ce monde, O toi qui rapportais dans ta stupeur profonde La science interdite à l'avide univers?

La mort eut-elle à peine au jour rendu sa proie, Dans l'ombre tu rentras, spectre mystérieux, Passant calme à travers les peuples furieux, Et ne connaissant plus leur douleur ni leur joie.

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