LA VIERGE
Loi VIERGE
*A Guy de Dilaupassant.
Quand l'œil fit autrefois éclosion sur terre Dans un frêle organisme encor rudimentaire ; Quand le premier regard de l'atome vivant, D'un seul coup jusqu'au fond du ciel vide arrivant, Découvrit le soleil plus vite qu'il n'éclaire, Et depuis lors gardant comme un feu similaire, Enigme clairvoyante au bord d'un embryon, Ebloui, se tourna vers la Formation; Quand ce rayon qu'un souffle intérieur active, Perçant l'énormité de la nuit primitive, Se promena, reflet conscient, à travers Le secret d'un aveugle et splendide univers; O pics échelonnés ! ô forêts monstrueuses ! O fleuves ! lacs ! vallons ! ô mers tumultueuses ! Formes qui sous l'éclat des couleurs palpitez ! Vous tous, œuvres des temps et des affinités, Plaines en fleurs, déserts, plages ou promontoires, Spectacles merveilleux! qui dans vos propres gloires, Et transmués sans fin par un désir obscur, Rouliez, tels que dans l'ombre opaque, sous l'azur !
Membres de la Déesse unique et sans apôtre, Avez-vous tressailli d'un hémisphère à l'autre? O nature ! miracle à toi-même caché, As-tu senti le bas de ton manteau touché Par quelque avant-coureur d'un Dieu qui va paraître, A la fois ton amant, ton chantre et ton vrai maître? Et quand l'homme apparut, plein d'extase, emplissant Avec ses yeux son âme et son crâne puissant, O fille du mystère où le mystère émerge ! N'as-tu pas tout entière alors, sublime Vierge ! Frémi profondément d'angoisse et de fierté, Sentant tomber ton voile et briller ta beauté?
Non î l'éternelle horreur d'être sans but ni causes Fait seule tes frissons dans tes métempsycoses ! Tes images, tes bruits, tes parfums, tes saveurs, Tout cet enchantement de nos esprits rêveurs, Production des sens, n'est qu'un songe qui passe, Et qui mourra comme eux, emportant dans l'espace Ou rendant à tes sourds, noirs et muets travaux La chimère des cœurs et l'effort des cerveaux ! Non ! ton voile est tombé, tu restas l'Insensible, L'inerte fiancée, et la Vierge invincible Que le profanateur s'épuise à violer ! Non ! non ! tu resplendis, sans lui rien révéler Que la stérilité de ta force infinie Et le néant d'ouvrir même en toi son génie !
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Les Lèvres closes
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T\OLOGUE
J'ai détourné mes yeux de l'homme et de la vie, Et mon âme a rôdé sous l'herbe des tombeaux. J'ai détrompé mon cœur de toute humaine envie, Et je l'ai dispersé dans les bois par lambeaux.
J'ai voulu vivre sourd aux voix des multitudes, Comme un aïeul couvert de silence et de nuit, Et pareil aux sentiers qui vont aux solitudes, Avoir des songes frais que nul désir ne suit.
Mais le sépulcre en moi laissa filtrer ses rêves, Et d'ici j'ai tenté d'impossibles efforts. Les forêts ? Leur angoisse a traversé les grèves, Et j'ai senti passer leurs souffles dans mon corps.
Le soupir qui s'amasse au bord des lèvres closes A fait l'obsession du calme où j'aspirais; Comme un manoir hanté de visions moroses, J'ai recelé l'effroi des rendez-vous secrets.
Et depuis, au milieu des douleurs et des fêtes, Morts qui voulez parler, taciturnes vivants, Bois solennels ! j'entends vos âmes inquiètes Sans cesse autour de moi frissonner dans les vents.