‹ Poésies complètesChapitre 55 sur 59 · LA CHANSON DE MAHALL · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE MAHALL

Et j'expie ! et j'attends l'heure du dernier râle, Où je m'envolerai vers ta poitrine pâle, Plus riche de baisers et de larmes de sang, Que toi du désespoir de tes élans stériles! »

— Une flamme qui tremble et qui va faiblissant Fait courir sur les murs les ombres plus fébriles ; Et la vieille Mâhall chante encore tout bas :

« A travers un cadre il tendait la bouche. J'ai frotté la fleur. Que nul ne le touche !

— Le désir des morts dompte les vivants.

Dans mon vieux corps vide et qui branle aux vents, Les âmes des morts veillent les vivants 1

— Ainsi qu'un portrait, dans un cadre il couche! »

Gemma vers le tableau n'a plus à faire un pas : Elle se penche et joint sa lèvre chaude à celle Du portrait, qui lui semble avoir alors souri ; Puis recule, frissonne un court moment, chancelle, Et tombe empoisonnée, et morte, sans un cri !

LES VEUX DE Z^TSSIcA

Je suivais dans les bois la fille aux cils soyeux. Non loin d'un petit lac dormant nous nous assîmes ; Tout se taisait dans l'herbe et sous les hautes cimes. Nyssia regardait le lac silencieux;

Moi, le fond de ses yeux.

— « Sources claires des bois ! dit Nyssia; fontaines Où le regard profond sous l'onde va plongeant ! Tranquillité du ciel sous la moire d'argent,

Où tremblent d'autres joncs aux luisantes antennes, Et des branches lointaines ! »

— Je disais : « Larges yeux de la femme ! ô clartés Où l'amour entrevoit un ciel insaisissable !

O regards qui roulez aux bords des cils un sable Fait de nacre, d'azur et d'or ! Sérénités Des yeux di amantes ! »

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