‹ Poésies complètesChapitre 100 sur 160 · FLORIZEL · texte numérisé non relu

FLORIZEL

Quoi ! comme en un cercueil ?

l'EHDITA.

Non comme en un cercueil , mais comme l'on parsème La coucbe nuptiale où dort celui qu'on aime, Où goûtant le sommeil, sans craindre le trépas, .le t'ensevelirais tout vivant dans mes bras!

l'LOHIZEL.

Oh! parle, parle encor I Mon oreille charmée Veut t'cntendro t )njours parlfr, ma bien-nimée !

PKRDITA. 189

Chantos-tii, jo fais Vdii qno iti chantos toujours, Que d'IiainioiiuMix sons viomioist ri-glor tes jours; Que je puisse te voir, toi faite pour un trône , Travailler en chantant, prier, faire l'aumône. Danses-tu, je voudrais, dans mon enchantement. Te voir, comme la mer, toujours en mouvement; Ton corps souple, semblal)le à la mouvante vague , Pénètre tous mes sens d'une volupté vague. Rien n'égale les mots que ta bouche me dit; Dans tout ce que tu fais ta grâce resplendit.

Et plus loin :

Amie , unissons-nous pour ne plus nous quitter. Ainsi que dans les cieux souvent on voit mouler Un couple entrelacé de jeunes tourterelles. Ainsi mêlons nos cœurs!...

PEKDITA

Je le jure par elles !

Et quand leurs mains se sont pressées, quand leurs âmes se sont unies en présence du ciel, le malheur, qui dans un vague pressentiment jetait parfois son ombre sur l'amour de Perdita, le malheur, qui déflore presque l'amour en lui enlevant une première illusion, celle qui nous fait paraître impossible le renversement d'une décision du cœur, le malheur subit, imprévu, l'accable tout à coup ; elle y cède. Elle se résigne; mais un orgueil inné qui est au fond de son âme s'éveille lorsque le roiPolixène répand ses dédains sur la pauvre fille des champs. Alors elle s'écrie :

Toute espérance est morte. Oh ! c'en est fait de moi ! Pourtant de son courroux je n'avais pas d'effroi. Tandis qu'il me parlait j'aurais pu le confondre; A son orgueil blessé le mien pouvait répondre : Que le même soleil qui luit sur S(»n palais D'une lumière égale éclaire nos chalets !

Leurs âmes restent unies malgré l'arrêt qui les sépare. Perdita se repose sur la tendresse de son amant; sa confiance est illimitée comme son amour; une vague espérance la soutient. Ainsi qu'une prière qui obtient grâce, sa foi pieuse dans le bonheur doit l'attirer sur elle.

Perdita, c'est le type poétique de la vierge primitive , doux mé-

190 PENSEROSA.

lange de hardiesse virginale et de candeur modeste. Elle a comme à son insu la fierté que donne Tinnocence, et les craintes charmantes d'un cœur qui n'a d'autre science que celle du sentiment. C'est une noble fille prête à se transformer en une noble reine. Comme Esther, devenir reine n'est pas un changement dans la vie de Perdita ; l'élévation de ses sentiments l'a toujours placée au premier rang; le trône ne l'ennoblit point, mais le doux éclat de ses vertus et de ."«a beauté est fait pour ennoblir le trône.

Paiis, 1838.

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