‹ Poésies complètesChapitre 99 sur 160 · PERDITA · texte numérisé non relu

PERDITA

IMITATION DE SIIAKSPEARE.

(le conte d'hiver.)

Enfant des bois et de la solitude , Perdita est une des plus gracieuses et des plus pures créations de Sliakspcare ; elle nous apparaît comme pour réaliser un rêve que la terre ne réalise plus , celui d'une jeune fille montrant au monde une âme dans toute sa candeur et sa beauté primitives, une âme vierge telle qu'elle est sortie des mains de Dieu. L'an our embrase cette âme, mais il ne la souille point; la passion l'exalte, mais une pudeur qui s'ignore sanctifie cette paision. Perdita, qui se croit la fille d'un pauvre pâtre, est aimée par Florizel , le fils d'un roi, et ce royal amour ne l'étonné pas; elle le reçoit sans orgueil et s'y abandonne sans remords: elle sait qu'elle est obscure , mais elle sent qu'elle est noble par lame ; elle sent qu'elle vaut par les sentiments celui qu'elle aime, et que l'amour, pure essence du ciel, rend les âmes égales. Perdita, sans avoir rien appris, a deviné le grand et le beau moral : son esprit inculte ignore ce que l'étude enseigne; mais par une révélation d'en haut, les sentiments sublimes et touchants , la vraie poésie f^e l'âme lui est connue, tout son langage en est empreint. Fille de la nature, elle a dans l'abandon même de son amour, dans les mots sans voile qu'elle prononce , une chasteté qui flotte autour de sa pensée et qui pénètre celle de ceux qui j'écoutent : semblable à ces belles statues de l'antiquité . dont la pudique nudité, loin d'éveiller dans notre âme une idée impure, est presque pour nous un syrnbole d'innocence. Perdita dans les solitudes de la Bohême, c'est Eve sous les bosquets de lEden; elle ne sait rien de l'humanité qui s'est corrompue, comme Eve ne savait rien de l'humanité qui était à naître. Ses paroles ha*-monieuses ont la douce mélodie du chant des oiseaux , du murmure des ondes et du bruissement des feuilles; ses pensées naïves sont

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comme parfumées par les émanations pénétrantes des fleurs champêtres dont elle couronne sa tête et qu'elle porte en faisceau dans ses mains. Dans la fête pastorale où elle nouS apparaît, elle distribue ces fleurs à ceux qui l'enlourent; reine de cette solennité des bois , elle donne à tous une tige odorante, elle a pour tous une douce parole; puis, lorsqu'elle veut faire son offrande à Florizel , elle hésite , les fleurs sauvages qu'elle a cueillies lui semblent indignes de lui, et elle lui dit avec amour :

O toi, de mes amis le plus beau, le plus tendre,

Sur ta jeunesse en fleur que ne puis-je répandre

Le narcisse embaumé qui fleurit sur le sol

Avant que l'birondeile ose essayer son vol ,

Et ces fleurs du printemps que caresse Zépbire

Quand les beaux jours de mars commencent à sourire,

La douce violette émaillant le gazon

D'un azur moins brillant que l'o'il bleu de Junon,

Mais plus doux et plus pur, et qui jette à la plaine

Des senteurs dont Vénus parfume son baleine !

Que n'ai-je la jonquille à la tunique d'or,

La pâle primevère expirant, vierge encor.

Avant que de Pbébus la bridante influence

Altère, en l'effleurant, sa robe d'innocence,

Emblème de candeur et de virginité,

Que ne sait pas garder l'imprudente beauté !

Que n'ai-je le lis pur qui cliarmerait ta vue !

Oh! de toutes ces fleurs, dont je suis dépourvue,

Je voudrais t'enlacer, mon arn-, mon orgueil,

T'en couvrir tout entier...

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