‹ Poésies complètesChapitre 107 sur 160 · FRAGMENTS DE LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE LA TEMPÊTE

PROSPERO

Qu'oses-tu demander, esprit d'ingratitude?

ARIEL

Ma liberté !

l'ROSPEUO.

Non, non, reste en ma servitude Jusqu'au temps écoulé.

ARIEL

Mon maître, souviens-toi Que tu n'as pas sujet de te plaindre de moi. T'ai-je jamais menti? t'ai-je fait quelque injure? N'ai-je pas obéi sans bumeur ni murmure? Ob ! tu devrais me faire au moins grâce d'un an.

PROSPERO

Ce que je fis pour toi n'est plus rien maintenant. Tu l'as donc oublié ?

ARIEL

Non, maître.

PROSPERO

Tu l'oublies.

Tu comptes pour l)eaucoup tes missions remplies ; Tu comptes pour beaucoup de sillonner les mers. De courir sur les vents que glacent les bivers. De travailler pour moi dans le fond de la terre Alors que la gelée en durcit la matière.

ARIEL

Ob ! ce n'est pas cela , noble seigneur.

PROSPERO

Tu mens.

As-tu donc oublié les borribles tourments Que te faisait ici souffrir, maligne race. L'infâme Sycorax à l'infernale face ?

Sorcière qui marcbait avec le dos plié Comme un cerceau ; dis-moi, l'as-tu donc oublié?

ARIEL

Non , seigneur.

200 PENSKROSA.

PROSI'KHO.

Si vraiment ta mémoire est fidèle , Réponds sans hésiter : en quel lieu naquit-elle ?

AI'.IKL.

Dans Alger,

PROSPEKO.

Mais d'où vient qu'il faut que chaque mois Je te rappelle encor ton destin d'autrefois ? Ne t'en souviens-tu plus? Sycorax la maudite Pour d'ignobles forfaits d'Alger était proscrite ; Je n'oserais nommer ces crimes odieux , Dont s'épouvanteraient les hommes et les dieux. On accorda la vie à cette femme immonde , Pour un acte de bien qu'elle lit en ce monde.

Oui, seigneur, il est vrai.

PROSPERO

La sorcière aux yeux bleus, Enceinte d'un démon, fut conduite en ces lieux , Et par des matelots dans l'île abandonnée. Pauvre Ariel ! alors tu vis ta destinée A la sienne soumise: esprit noble, éthéré, Et trop fier pour céder à son joug abhorré , Quand tu te refusas à ses désirs obscènes , A ses œuvres d'enfer, tu fus couvert de chaînes ; Dans sa rage implacable, avec des serviteurs Comme elle possédés, puissants blasphémateurs, Elle entr'ouvre un sapin , et dans l'étroite fente f:

T'incarcère douze ans, barbare et triomphante. L'arbre se referma sur tes membres meurtris, Et Sycorax mourut en entendant tes cris Et tes gémissements, tels que ceux de la rou*'^ Du moulin qui bruit sous l'eau qui le secou.'^. Elle te laissa seul dans ce martyre affreux ; Car excepté son fils, animal monstrueux, Rejeton de sorcière et de prostituée, Nul n'habitait alors cette île polluée.

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