FRAGMENTS DE LA TEMPI'.TE
AllIEL,
Oui, son (ils Calihan était seul sur ce bord. rr.osPERO.
11 devint mon esclave, et je changeai ton sort. O génie oublieux ! Tu sais quelle torture Tu subissais alors : à toute la nature Tes cris Taisaient pitié ; les loups hurlaient d'effroi , Et les ours tressaillaient en passant près de toi. Ton corps était broyé des os à l'épiderme. Sycorax à tes maux ne pouvait mettre un terme. INIoi seul , en te voyant plus qu'un damné souffrir, Je foiçai par mon art le sapin à s'ouvrir. Et tu fus délivré.
ARIEL
Je te rends grâce , ù maître !
PROSPERO
Si tu te plains encor, si tu peux méconnaître Le bien que je t'ai fait, dans un chêne noueux Je te ferai passer douze iiivers rigoureux.
ARFEL.
Maître, pardonne-moi; j'obéirai, commande; Heureux de te servir, prends ma vie en offrande.
PROSPERO
Dans deux jours tu seras affranchi , sois zélé.
ARIEL
Eh bien ! mon noble maître , à quoi suis-je appelé ? Que faut-il faire ?
PROSPERO
Va, d'une nymphe marine Prends la forme, et que seul je te voie et devine Cette métamorpho.se. Aussi prompt que l'éclair. Pars et reviens vers moi, gracieux (ils de l'an-.
202 PEiNSEROSA.
Chants d'Ariel.
Venez sur les sa!)les jausiis, Vous que l'amour a réunis :
Que vos lèvres roses se baisent , Les vagues de la mer se taisent , Rasez les bords d'un pied léger ; Par la main tenez-vous ensemble , Et sur cet abîme qui tremble Les esprits viendront voltiger.
Écoutez, écoutez, le ciel vous les envoie. Ils répètent leur doux refrain ; Déjà le cbien de garde aboie,
Écoutez, écoutez, c'est le cbant du matin. La voix du coq à la crête écarlate Claire et sonore au loin éclate,
Sous la mer ton père repose,
Ses os sont cbangés en corail ;
Ses yeux, dont la paupière est close,
Ont deux perles au lien d'émail.
Mais dans cette métamorphose
Piien de lui ne s'est altéré ;
11 est devenu quelque chose
De beau , de riche, d'épuré ;
Et dans sa nouvelle demeure
Les nymphes sonnent d'heure en heure
Le glas funèbre du trépas:
Écoutez : j'entends dlng-dong glas '...
J'aime la fleur qu'aime l'abeille ;
Dans la primevère vermeille ff ï
Je me choisis un douN abri t il
Quand le hibou jette son cri. I ^t