‹ Poésies complètesChapitre 114 sur 160 · CHANT D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

CHANT D'HÉLOISE

La parole expira sur sa lôvre pudique , Et son premier aveu ne fut pas prononcé; Mais de la Sunamite en lisant le cantique, Dans sa Bible Abeilard trouva ce chant tracé

Je t'aime, faible femme , Je t'aime , tu le vois !

Tu le lis dans mon àme , Tu le sens dans ma voix !

Et ma lèvre qui tremble , Et mes regards baissés.

Quand nous sommes ensemble , Te le disent assez.

J'aime ta tête grave.

Ton sourire penseur.

Mais qui devient suave Quand tu me dis '< ma sœur! »

Ton front voilé d'une ombre, Tes yeux doux et profonds, Ta chevelure sombre Près de mes cheveux blonds !

Et tes tempes ridées Que le génie étreint, Où le sceau des idées Incessamment s'empreint!

J'aime l'intelligence De ton esprit moqueur, Puis ta douce indulgence Qui rassure mon cœur !

Je t'aime , la pensée A précédé l'aveu :

Mon âme délaissée De toi fera son Dieu !

P£>SEROSA.

De cet aveu suprême.

Ne me punis jamais, En m'oubliant moi-même J'ai dit que je t'aimais;

Et j'ai pu, faible femme.

Dans un jour de douleur, T'abandonner mon àme :

Mais j'ai gardé l'honneur.

Un regard de tristesse, TTne larme d'effroi, Est la seule caresse Que tu reçus de moi.

Quand je te vois je tremble , Et je demande à Dieu Que la mort nous rassemble Dans un dernier adieu.

Je voudrais cesser d'être , Car en t'aimant , j'ai foi De mourir pour renaître A l'amour avec toi. »

Paris, ISTO.

UNE MATINÉE. 2i3

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