CHANT D'HÉLOISE
La parole expira sur sa lôvre pudique , Et son premier aveu ne fut pas prononcé; Mais de la Sunamite en lisant le cantique, Dans sa Bible Abeilard trouva ce chant tracé
Je t'aime, faible femme , Je t'aime , tu le vois !
Tu le lis dans mon àme , Tu le sens dans ma voix !
Et ma lèvre qui tremble , Et mes regards baissés.
Quand nous sommes ensemble , Te le disent assez.
J'aime ta tête grave.
Ton sourire penseur.
Mais qui devient suave Quand tu me dis '< ma sœur! »
Ton front voilé d'une ombre, Tes yeux doux et profonds, Ta chevelure sombre Près de mes cheveux blonds !
Et tes tempes ridées Que le génie étreint, Où le sceau des idées Incessamment s'empreint!
J'aime l'intelligence De ton esprit moqueur, Puis ta douce indulgence Qui rassure mon cœur !
Je t'aime , la pensée A précédé l'aveu :
Mon âme délaissée De toi fera son Dieu !
P£>SEROSA.
De cet aveu suprême.
Ne me punis jamais, En m'oubliant moi-même J'ai dit que je t'aimais;
Et j'ai pu, faible femme.
Dans un jour de douleur, T'abandonner mon àme :
Mais j'ai gardé l'honneur.
Un regard de tristesse, TTne larme d'effroi, Est la seule caresse Que tu reçus de moi.
Quand je te vois je tremble , Et je demande à Dieu Que la mort nous rassemble Dans un dernier adieu.
Je voudrais cesser d'être , Car en t'aimant , j'ai foi De mourir pour renaître A l'amour avec toi. »
Paris, ISTO.
UNE MATINÉE. 2i3