‹ Poésies complètesChapitre 117 sur 160 · RAPHAËL ET MICHEL-A>^GE · texte numérisé non relu

RAPHAËL ET MICHEL-A>^GE

Rappolaient l'imajïe idôale Que l'aitisf e a de la beauté !

C'est par cette grâce divine Qu'elle captivait Raphaël , Et les yeux de la Fornarine Étaient sa lumière et son ciel!

Un amour sans orgueil , une candeur sereine , La firent de son cœur la tendre souveraine : Les triomphes du monde et les splendeurs do Tarf Valaient-ils son sourire et son touchant regaid :• Dans cette àme naïve à la(pielle il put croire, L'artiste déposait le fardeau de sa gloire; Son C(eur, enveloppé sous un voile amoureux , Oubliait Tunivers et se sentait hcuieux , Savourant, comme un dieu qu'entoure le mystère, L'ivresse de l'amour et l'encens de la terre !

Et pour que rien n'altère un aussi beau destin ,

11 meurt le front orné des roses du matin ;

11 meurt jeune et n'ayant accepté de la vie

Que ce qui rend heureux, que ce qui fait envie.

Par la gloire et l'amour à la fois caressé,

]1 meurt comme on s'endort quand le jour est passé

Avant que la vieillesse ait engourdi son aile ,

11 vole en souriant vers Dieu qui le rappelle,

Et son àme sereine, en prenant son essor.

Dans un tendre sommeil semble flotter encor.

Quand des mains du Très-Haut elle s'est échappée L'âme de jMichel -Ange autrement fut trempée. Forte, dès son éveil le malheur la nourrit. 11 connaît au berceau les luttes de l'esprit. Dédaigné par les siens, enfant rêveur "et fiond)re, Il se foi'me lui-même et s'é'Iève dans roml)re;

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Sous le joug paternel son génie opprimé

Se débat et grandit sourdement enflammé;

Et quand , sortant enfin du rôve qui l'embrase ,

L'heure de l'action succède aux jours d'extase,

Athlète puissamment armé pour le combat,

>'ul danger ne l'émeut, nul malheur ne l'abat.

Grandi dans la souffrance et dans la solitude,

11 accepte en héros une vie âpre et rude,

Et chaque obstacle en lui détermine un effort

Qui roidit son courage et qui le rend plus fort!

Vraiment homme, il comprend la dignité de l'homme;

C'est un de ces esprits, qui dans l'antique Rome,

Instruisant la jeunesse aux sévères vertus,

Auraient pris pour exemple ou Caton ou Brutus!

Dans ses actes, toujours, l'héroïsme l'inspire. Vers un grand idéal toujours son âme aspire. Elorence va périr : lui, son sublime enfant. Guerrier improvisé, se lève et la défend! Intrépide ouvrier, lui qui crêra Saint-Pierre, Il mêle, de ses mains, le limon et la pierre, Et cache, sous un fort qu'on n'a jamais soumis, Sa ville bien-aimée aux soldats ennemis.

Devant sa glorieuse voie C'est l'infini qui se déploie; Avec Dieu même il veut lutter, Et , dans des O'uvres éternelles , Créer avec ses mains mortelles Ce que Dieu seul peut enfanter.

Esprit rêveur, frère du Dante,

Ame avide, nature ardente.

Pour lui la gloire est sans douceur.

Car ses plus sublimes ouvrages

N'égalent jamais les images

Que poursuit son regard penseur.

Voilà pourquoi son front est sombre:

11 sent qu'il n'a rendu que l'ombre

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