SILVIO PELLICO
Il n'est plus ! Et déjà le flot qui nous entraîne A déposé son âme au rivage inconnu; Mourir, pour Silvio, fut une heure sereine, La foi l'a soutenu.
Cette foi du malheur qui, dans son âme forte, Au cachot du Spielberg autrefois descendit , Compagne de ses jours, seule et fidèle escorte, Veillait près de son lit.
Quand il sentit venir sa dernière journée , Lui qui sut , ici-bas , croire , souffrir, aimer. L'éveil mystérieux , sphinx de la destinée , Ne dut pas l'alarmer;
Deux fois grand, par le cœur et par l'intelligence. Ce martyr glorieux d'un pouvoir oppresseur Subit l'iniquité sans rêver la vengeance. Que craindrait-il, Seigneur?
1 Ces vers furent faits à l'époque où tous les jouruaus anuoiicèreni la mort de Silvio Pellico.
N'a-t-il pas pardonné dans un livre sublime? Encor meurtri des fers du carcere diiro , Ne l'avons-nous pas vu , généreuse victime , Absoudre son bourreau?
Ce bourreau couronné , dans sa sombre agonie , Sans doute a vu passer l'ombre de Pellico , Et de son règne éteint le sinistre génie Des soupirs du Spielberg lui renvoya l'écho.
11 eut peur de mourir... La couche impériale Entendit les sanglots et les cris du remord, Mais Silvio mourant sur la terre natale Souriait à la mort!...
Connne en un vase élu , dans cette âme choisie Dieu mit les grands instincts chers à l'humanité : L'amour de la patrie et de la poésie , L'ardente charité.
Jeune, il voulut briser les fers de l'Italie; De tout un peuple esclave il porta le malheur ; Mélange d'héroïsme et de mélancolie.
Poète, du guerrier il sentit la valeur!
Un implacable arrêt de son noble délire Vint enchaîner l'élan ; et l'ardent citoyen , Le Tyrtée inspiré , sans armes et sans lyre , Fut un héros chrétien !
Il est facile et doux dans le feu du jeune âge , Alors que la patrie ajjplaudit notre effort , D'exciter tout un peuple à sortir d'esclavage. D'affronter les tyrans et de braver la mort.
Mais quand vient le malheur, quand l'espérance tombe j Quand la force a vaincu le courage trahi, Lorsqu'on se >oit ^ivant descendre dans la tombe Et qu'en un jour fatal tout s'est évanoui ,