‹ Poésies complètesChapitre 13 sur 160 · LA FOI DU CŒUR · texte numérisé non relu

LA FOI DU CŒUR

Perles et diamants prodigués par la main

J)e celui qui saura les ressemer demain.

Alors, des champs couverts par un prisme d'opale,

Comme un encens qui fume, un doux parfum s'exhale;

Des vallons aux coteaux, des fleuves aux forêts,

Se dilate et s'étend un air suave et frais;

L'onde, qu'il vient rider, semble plus diaphane;

Il rend encor l'éclat à la fleur qui se fane ;

La plante se relève, et l'herbe reverdit;

Tout parait s'embeîlir du jour qui resplendit :

La clarté se répand des hauteurs aux abîmes;

D'abord, des monts lointains se colorent les cimes ;

Puis la plaine, à son tour, se dore et se rougit

Des feux de l'Orient, où le soleil surgit ;

Et d'objets en objets, jusques aux brins de mousse,

Par degrés se déploie une lumière douce.

On croit entendre alors s'élever, à la fois. D'innombrables accents ne formant qu'une voix. Et comme un cri d'amour, que cette voix profère, Un immense Hos\nna vibrer de sphère en sphère!..

Quand je voyais ainsi la terre à son réveil,

Dans toute sa beauté saluer le soleil,

Tandis que sur mon front, comme une vaste tente.

Se déroulait des cieux l'étendue éclatante.

Où des nuages blancs, sur un fond de saphir,

Se mouvaient lentement au souffle du zéphyr.

Oh ! ma croyance alors n'était plus indécise.

Et , du sommet des monts où je m'étais assise ,

Pénétrant du regard les champs de l'infini.

Je m'écriais tout haut : « Mon Dieu, soyez béni! »

Et pourtant, ce n'est pas que la nature étale Ses magiques attraits sur ma terre natale ; Non; la contrée inculte, où je languis toujours. D'aucun tableau riant ne vient charmer mes jours î

Aux pieds de rochers nus, où le mistral résonne, Sont de vieux peupliers, dépouillés de couronne

Par la main des hivers; Ici de noirs coteaux, plus loin d'immenses terres, Dont on a ceint les bords, comme des cimetières,

De cyprès toujours verts.

Là les champs d'oliviers, trésors de la Provence,

Semblent avoir du ciel attiré la vengeance,

Et n'offrent aux regards que des troncs sans rameaux ;

Le houx chétif s'étend sur ces arides landes;

Et les ceps, dégarnis de fruits et de guirlandes,

Étalent leur squelette aux branches des ormeaux.

Mais, dans ces tristes lieux, ma pensée a des ailes Qui transportent mon ûme aux régions plus belles ; A mon gré je parcours l'univers, et je peux Évoquer devant moi ses spectacles pompeux.

Dans les rêves d'enfant de mes jeunes années,

Que j'aimais à gravir les hautes Pyrénées!

A leurs pieds je voyais les chalets des pasteurs,

Les gaves bondissant de hauteurs en hauteurs;

Des lianes, des bois, des coteaux, des prairies :

Tableaux qui portent l'àme aux douces rêveries.

Puis, quand j'avais franchi ces sites enchantés,

.Je découvrais encor de nouvelles beautés :

C'était d'une forêt la vaste colonnade.

Où l'abîme jetait pour dôme une cascade;

Frayant sous ces arceaux de dangereux chemins,

Je traversais ces lieux, vierges de pas humains,

Et j'atteignais enfin les neiges éternelles

Que l'aigle audacieux rase seul de ses ailes.

Là, sur l'immensité, l'onl fasciné s'étend;

Nul être ne se meut, et nul bruit ne s'entend.

Mais quelquefois, tombant du haut des cimes blanches,

On voft de mont en mont rouler les avalanches,

Gigantesques obus lancés d'un bias divin.

Qui creusent, en passant, un immense ravin!...

Ah ! quand je dominais ces plaines virginales Que l'homme ne souilla jamais de ses annales,

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