‹ Poésies complètesChapitre 17 sur 160 · LES CITÉS · texte numérisé non relu

LES CITÉS

Suivant, sans me lasser, ma couisc enthousiaste,

Je m'arrêtais aussi clans cette plaine vaste

Ou Palmyre, étalant mille palais épars,

Voit le pasteur arabe errer dans ses remparts.

L'àme ardente de toi je franchissais l'enceinte

Où pleure, dans son deuil, Jérusalem la sainte;

Là, le Christ à nos yeux semble apparaître encor,

Homme au champ d'oliviers , Dieu sur le mont Thabor,

Comme pour réunir, dans sa double nature ,

Au Créateur puissant son humble créature ;

Sparte, dont l'univers a retenu le nom;

Athène , où la sagesse avait son Parthénon ,

M'arrêtaient tour à tour!,.. Enfin j'évoquais Rome,

Reine de l'univers, qu'il suffit que l'on nomme.

Puis, fuyant ces débris et lasse d'admirer,

De plus riants tableaux je voulus m'enivrer;

Pour couler, en aimant, des jours purs et tranquilles.

J'habitai, tour à tour, ces fantastiques villes

Qui sur les bords d'un fleuve étalent, confondus.

D'aériens palais , des jardins suspendus ,

Des manoirs féodaux , de gothiques tourelles ,

Des temples aux croix d'or, aux clochers de dentelles

Des bassins de porphyre et des balcons à jour.

Où se donnent, le soir, les rendez-vous d'amour.

C'était, en Orient, et la Mecque et Médine,

L'indienne Delhi, Bagdad la sarrasine.

Où l'homme, qu'amollit un éternel été,

A pour religion choisi la volupté;

Puis ces grandes cités japonnes et chinoises.

Aux remparts de granit, au sol pavé d'ardoises;

Stamboul aux grandes tours, aux brillants minarets.

Peuplé de bains de marbre et de kiosques frais;

Et Moscou , qui la nuit , comme autant de fantômes ,

Semble élever au ciel ses flèches et ses dômes ! . . .

C'était dans TOccident, sur le Guadalquivir, Séville et ses couvents qui venaient me ra\ir; Sur le Douro, c'était la mauresque Grenade, Où l'on entend, le so i, la douce sérénade

Que le jcine hidalj^o chante à sa sénora,

Et que redit encor l'ôtho de l'Alhainbra.

C'était, eu Italie, et Milan et Florence;

Naple, où la volupté mène à l'indifférence;

Où l'air que l'on respire, énervante liqueur,

Donne la vie aux sens, et fait mourir le cœur;

Naple, Éden de l'Europe, envié par l'Asie,

Où la pauvreté même a de la poésie ;

Naple, indigente et folle, et qui montre, en riant,

Au seuil de ses palais son peuple mendiant;

Naples, parmi ses soeurs d'Espagne et d'Italie,

Qui s'enivre le plus d'amour et de folie;

Sirène qui se mire à son golfe argenté,

Et dont Venise seule égale la beauté.

Jain I83i.

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