‹ Poésies complètesChapitre 21 sur 160 · CHATEAUBRIAND ET LAMARTINE · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND ET LAMARTINE

Deux ffraiuls po'tcs se paiiafjcni la Fiar.cv aujoiiid'liiii : M. de Cbàtc;iul>riaiul et M. (L; Lamartine. Tous les deux ont [Kiilé à l'ànie du jpeuiile ce lan{;a(;o de passion ot de venu que les peuples entendent si Lien ! Tous les deux, il» ont réveillé le sens moral assoupi parmi nous. Jllps Jam.v.

De mi'mc qu'un siècle influ; sur un homme, uubomme influesur un siècle ; et si un bomiuc est le représentant des idées du temps, plus souvent aussi le temps est le représentant des idées d'un homme. CiiATEAUiiniAND.

Le siècle est dans l'attente, et tuut houime réclame La foi qui doit remplir le vide de son âme ; Comme le vieux Said , dans nos jours de douleur , 11 nous faut un David , ange consolateur, Qui nous berce et qui sache aux accords de la lyre Des folles passions apaiser le délire.

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Ce génie inspiré, cet envoyé du ciel ,

C'est toi, Chateaubriand, toi, magique Ariel ,

Bieu d'un monde idéal; c'est toi, lyre vivante,

Qui diriges d'un son une foule mouvante;

ïoi par qui tout un peuple est soudain subjugué.

Oui , pour nous consoler tu nous fus délégué :

Comme un clairon rallie une armée en déroute,

Ta voix guide le siècle égaré dans sa route ,

Tu muselles sa haine et domines ses bruits ;

A ton nom tout -puissant les partis sont détruits;

Au milieu des débris d'un trône qui s'écroule,

Tu parais , et d'un mot tu gouvernes la foule ;

Et l'homme indépendant , prosterné devant toi ,

Proclame avec orgueil que le génie est roi.

Tout cède à ton pouvoir ; ta parole rassemble

Des mortels étonnés de se trouver ensemble;

Par tes accords divins, habile à nous charmer,

Tout ce que tu chéris, tu nous le fais aimer :

O chantre d'Atala! quelle est donc ta magie?

Kn céleste épopée, en sublime élégie.

Au gré de ton génie on t'entend moduler

Des pensers qu'avant toi nul ne sut ré\éler;

Chaque voix du désert et chaque voi^: du monde

Emprunte un idiome à ta plume féconde ;

Ces rêves passagers, impalpal)les aux sens,

Qui mouraient dans nos co urs, vivent dans tes acceiits;

Au feu des passions, aux clameurs des empires.

Dans tes écrits divers tour à tour tu t'inspires;

l'oète pèlerin, tes magiques discours

Montrent à nos regards les lieux que tu parcours ;

Dans les vieilles cités, parmi les sépultures.

Tu cherches des leçons pour les races futures,

Tu juges nos débats avec sévérité;

Aux peuples comme aux rois tu dis la vérité,

Car, de l'humanité magnanime interprète.

Pour venger le malheur ta voix est toujours p:é{c;

Et, semblable a Platon, vieillard à bouche d'or,

Eu l'écoutant parler, la souffrance s'endoil.

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Pour qu'à ta grande voix une autre voix se mêle,

Lamartine reçut une lyre jumelle;

Et l'univers charmé recueille tour à tour

Ton chant d'enthousiasme et son hymne d'amour.

Aimer!... telle est ta vie, adorateur d'Elvire! Comme l'air à l'oiseau , comme l'onde au navire , A ton esprit divin l'amour sert d'élément; Tu proclames de Dieu la puissance en aimant; Ton cœur, brûlant foyer d'ineffables tendresses, Déborde en cris d'amour lorsqu'au ciel tu t'adresses; Aux vagues de la mer, aux murmures des bois, Ton génie inspiré va demander des voix; L'amour de la nature et l'amour de la femme Consolent tes douleurs et font vibrer ton ame; Et ces feux éthérés ne forment qu'un seul feu Qui parfume ta vie et remonte vers Dieu. Tout noble sentiment, toute extase sublime. En vers barmonieux ta lyre nous l'exprime; Dans tes bymnes, écbos de la divinité. L'homme trouve sa foi, l'enfant sa pureté; A son premier amour la vierge qui se livre Reconnaît ses pensers en entr'ouvrant ton livre. Et, rêveuse, le soir, le tenant dans sa main, Elle parcourt les champs sans suivre de chemin^ Que de tourments secrets, que de larmes cachées. Furent, par tes accents, adoucis et séchées! Que de cœurs qui doutaient sont devenus jaloux De prier comme toi , qui pleures comme nous !

Ah ! tous les deux ainsi poursuivez votre voie ;

La terre vous bénit, vous que le ciel envoie;

Anges consolateurs, répandez tous les deux

Le sublime idéal sur le réel hideux;

Chantez!... Aux dou,x concerts de votre voix de cygne,

L'humanité qui souffre au malheur se résigne;

Et par les cœurs en deuil que vous avez calmés

Vous êtes applaudis et vous êtes aimés.

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