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Le grand poète est toujours un symbole Qui se transmet d'âge en âge auK mortels, Soit que d'un trône il relève l'idole, Soit qu'aux dieux morts il rende des autels. La liberté, ton amour, ta croyance, Te fit plus grand que les soutiens des rois, Toi dont la voi\ était la voix immense D'un peuple entier qui réclamait ses droits!
En toi ce peuple avait mis sou courage; En toi ce peuple avait mis sa grandeur. Ses souvenirs de triompbe et d'outrage.
De jours de deuil et de jours de splendeur. De son héros, demi-dieu de la France, Tu lui chantais les magiques exploits.
Et ton génie était la voix immense D'un peuple entier qui rûlamait ses droits !
Pour alléger ses travaux et ses peines,
Grave ou joyeux, ton luth vibrait toujours;
Tes chants guerriers faisaient tomber ses chaînes,
Et tes chansons célébraient ses amours.
Vieux d'être libre et rêves de vaillaiice,
Tous ses besoins passèrent par ta voix ,
Par cette voix qui fut la voix immense D'un peuple entier qui réclamait ses droits !
Les noms fameux d'un siècle qui s'écoule , Jusques à toi les noms appelés grands, Sont descendus du pouvoir à la foule : Ton nom monta de la foule aux tyrans; Et les tyrans, qui rayaient, en démence, La liberté de la table des lois , Furent troublés par cette voix immense P'un peuple entier qui réclamait ses droits!
« Étouffons-la , cette voix qui nons blesse ! » Avaient-ils dit, te traînant au cachot; Mais toujours libre et frondant leur faiblesse , Ton chant vainqueur les marquait d'un fer chaud. Et tu luttas , grandi par leur offense , Jusqu'aux trois jours de l'héroïque mois, Où les vengeurs , qu'arma ta voix immense , D'un peuple entier reconquirent les droits !
Le roi qui laisse une gloire inféconde, Au cœur du peuple est bientôt étranger; Mais, à ta mort, tous les échos du monde Répéteront le nom de Béranger; Et tu seras de l'ère qui commence Le grand symbole incompris autrefois, Car ton génie est une voix, immense Qui rend au peuple et sa gloire et ses droits.
Paris, 1835.