ÉLÉGIE. —MORT
l.a vita fiigje e non s'arresta un' ora, E la morte vien diotro a {p-aiic)'{;ioi'niila.
Je crois revoir encor la couche d'agonie
Où mon père mourut, vieillard aux cheveux blancs,
Au front large et ridé, symbole de génie,
Aux yeux étincelants.
Comme un bùclier fumant dont on éteint la flamme .Jette, avant d'expirer, tous ses rayons épars, Ainsi, près de mourir, tous les feux de son àme
Brillaient dans ses regards.
44 FLEURS DU MiUI.
Il avait trop compté sur sa frêle existence; De la fortune adverse il vaincjuit la constance
Par de trop grands efforts; Et quand il s'asseyait , fatigué du voyage , Qu'il demandait à Dieu le calme après l'orage, II mourut ! la pensée avait usé son corps , Comme l'onde qui bout brise un vase d'argile , Ou comme dans nos mains éclate un luth fragile
Sous de trop vifs accords!
Mourir près du bonheur! mourir quand on arrive A la réalité dont on croyait jouir !
Voir, lorsque notre esquif allait toucher la rive , Le port s'évanouir!
Entendre les sanglots de ses enfants qu'on aime ; En leur tendant les bras, dire un dernier adieu : C'est à faire douter de l'espérance même Qui nous parle de Dieu !
Oh! qui saura jamais la lutte intérieure Qui se livre dans l'homme à cette dernière heure, Alors qu'il voit passer sous son regard mourant Tout ce qu'il chérissait', tout ce qu'il croyait grand , Et que de tous ces biens dont l'éclat s'évapore 11 voudrait vainement se ressaisir encore?... Dans cette heure d'angoisse, oh ! qui sait si la foi De l'horreur du trépas peut adoucir l'effroi, Et si l'âme , arrivée à la fin de sa route , Ne défaillira pas en combattant le doute? Ce choc de sentiments qui déchirent le cœur. Mon père le subit, mais il en fut vainqueur:
Quand un prêtre chrétien eut sur sa vie entière Prononcé le pardon qu'accordait l'Éternel, On eût dit que l'esprit, dépouillant la matière, Entrevoyait le ciel.
Ses yeux avec amour contemplaient le ciboire ; Sur le saint crucifix ses deux mains se croisaient;