BLUETTES
Qncl(iii(îfois je passe des heures à regarder les élincelles; je découvre mille clioses du s ces étoiles qui saupoudrent le fond noir du l'àtre : ces étoiles- là aussi sont des mondes. ViCTOa Uiuo.
Les abeilles picotent deçà et del i les fleurs, mais elles en font après le miel qui esl idiit leur. Ce n'est plus (bym ni marjolaine.
MOSTAIGNE.
Heureux qui voit la mort et qui peut l'oublier ! Heureux qui n'a jamais senti son cœur plier En voulant pénétrer le déchirant mystère Que le cercueil dérobe aux ejifants de la terre !
Moi, je cherchai long-temps l'énigme du tombeau; Elle fit de mes jours vaciller le flambeaa; Mais pour me consoler j'avais encor ma mère; Sa tendresse adoucit cette douleur amêre. Puis, dans mon sein ému, je sentais chaque jour S'amasser tant de vie et d'éléments d'amour, Que la destruction et ses sombres images Faisaient place en mon cfur à d'enivrants mirages; J'implorais, étreignant le monde d'un désir. Une heure du bonheur que j'espérais saisir! Une heure sans mélange, une heure enchanteresse, Où de l'éternité se résumât Fivresse !
Lorsque, ponr éloigner l'image du trépas,
Tous mes songes lointains ne me suûisaient pas,
J'avais autour de moi d'intimes poésies,
Caprices passagers, subtiles fantaisies.
Qu'un instant tait éclore et qu'un instant détruit,
Comme ces feus follets qui brillent dans la nuit!
Oh ! ces impressions des choses éphémères ,
Qui changent tour à tour nos pensers, nos chimères,
Qui c-aptivent nos sens et qui nous font rêver.
Pour pouvoir les comprendre, il faut les éprouver.
Produites au liasard, c'est ua rien qui les cause.
C'est une bulle d'air, un insecte, une rose.
Le nid de la fvurmi , la trace d'un ciron ,
Une feuille tombant dans l'eau qui forme un rond ;
C'est un nuage errant, tout peuplé de fantômes,
Un rayon de soleil où dansent les atomes;
C'est le feu qui pétille à l'âtre du foyer.
Ou l'on voit à son gré mille objets flamboyer;
C'est la pâle lueur d'une lampe lointaine.
Le jet aérien d'une claire fontaine ;
C'est , dans l'azur du ciel , l'oiseau qui prend son vol ,
L'ombre d'un peuplier qui se dessine au sol;
C'est la nuit rellétant ses milliers d'étoiles
Sur les monts que ia neige a couverts de ses voiles;
Ce&t le sonflle odorant du zéphyr matinal.
C'est des fleurs et des fruits le duvet %iriîinal.
C'est le lichen qui flotte a la pierre gothique,
BLLETÏLS. 47
C'est... oh! cest l'iiiliiii d'un monde fantastique, Dont le charme, la grâce et la suavité Fascinent le regard du poète enchanté !
Lorsque la Muse antique, altière et grandiose,
Daigne quitter lohmpe où son esprit repose,
Dans les palais des rois abaissant son essor,
Elle chante ses vers sur une lyre d'or :
Il faut pour l'inspirer une Coule choisie,
Des banquets somptueux , des coupes d'ambroisie ;
Mais sa moderne sœur. Follet, Sylphe, ou Lutin,
Se plaît à ramasser les miettes du festin ;
Elle voit sans envie , au front de son aînée ,
Les immortels lauriers dont elle est couronnée ;
Elle cueille des fleurs qui changent tous les jours,
Elle ne peut souffrir ce qui dure toujours !
Dévouée au malheur, elle est pourtant frivole;
Elle aime à composer sa légère auréole
D'un bluet, d'un brin d'herbe, ou d'un de ces rayons
Qui glissent dans les airs sans que nous les voyions I
Elle berce les cœurs soumis à son empire;
Elle n'inmiole pas le barde qu'elle inspire :
Bonne et douce, elle accourt à son premier salut;
Elle n'a point d'emphase, elle chante sans luth;
La pauvreté lui plaît; d'un coup de sa baguetfe
Elle revêt d'éclat les haillons du poète;
Elle n'exige pas un ciel brillant et chaud :
La mansarde noircie et 1 humide caîhot
L'attirent.... et souvent, bienfaisante, on l'a vue
Porter aux malheureux une joie imprévue.
Mais cette poésie impalpable est dans l'air. Dans l'espace, partout; c'est le feu de l'écla-r; On ne peut la saisir, on ne peut la décrire; Pour langage elle emprunte un regard, un sourire; Je plains l'être incomplet qui ne la comprend pas. Qui foule, insouciant, l'insecte sous ses pas. Et, dans l'aridité de son àme inféconde. Ne voit que le néant où Pascal vit un monde.
48 1 LEURS DU xMlDI.
Pour oublier la vie , ainsi je m'enivrais De ces mille [ilaisirs, chimériques ou vrais. Quand, clans l'isolement, l'heure fuyait trop lente, Que de fois sur les prés je m'assis, indolente, Endormant mes douleurs, vivant pour admirer, Sur un jour de printemps laissant mon œil errer. Alors que chaque épi, chaque fleur, chaque feuille, Jette une rêverie au cœur qui se recueille, Et que, voilant l'éclat d'un soleil radieux, Une tiède vapeur unit la terre au\ cieux ; Devant moi s'étendait la plaine diaprée D'amandiers tout couverts d'une neige empourprée; Je demeurais pensive, enivrée et sans voix. L'hymne fuyait mon cœur, le luth quittait mes doigts. Par la réalité lorsque l'âme est saisie, Trop faibles sont les mots, vide est la poésie; Qu'est le chant d'un poète à côté d'un beau jour? La gloire. et l'avenir, qu'est-ce auprès de l'amour?
Ainsi, l'âme plongée en une molle ivresse, Des peuples d'Orient j'ai compris la paresse; Jouissant par la vue, admirant par les sens, lis prennent en pitié tous nos arts impuissants. Ils ne contraignent pas une langue rebelle A peindre froidement la nature si belle ! Ils nous laissent les champs de l'idéalité. Et nos rêves, pour eux-, sont la réalité.
Supiuail>i'e ISJi.
ILLUSIOrs^S. 49