ENVOI
Piir notre pensée, nous louchons r]o tontes liails à linfini. Nul temps ne jieut la borner; nulle étendue ne jieut la circonscrire , et Dieu seul est assez vaste pour la contenir dans son immensité. Lauenmais.
Tu le sais, le cour seul a dicté ce poème;
Là , point de fictions , point d'art et point d'emblème
En modulant ces vers, mon luth n'a pas menti;
Il peint fidèlement ce que j'ai ressenti :
Les tourments de l'esprit, les angoisses de l'Ame,
De mon simple récit ont composé le drame.
Je n'ai pas inventé, pour te mieux attendrir.
De factices malheurs qu'on décrit sans souffrir.
J'ai dit avec candeur mon hi&toire ingénue;
Le monde l'ignorait lorsque tu m'as connue :
Nul mortel , avant toi , ne m'avait demandé
Le secret de mes pleurs, et je l'avais gardé,
Seule, tu me cherchas, et tu voulus entendre
Les ennuis de ce cœur enthousiaste et tendre;
Le livre de mu vie alors te fut ouvert;
Ma muse s'inspira de ce que j'ai souffert.
Et dans des chants plaintifs, en naïves peintures,
Elle traça mes vœux, mes rêves, mes tortures.
Dès mes premiers accents ton cour parut touché;
Puis , chaque jour , en toi le mien s'est épanché.
Ma modeste épopée ainsi s'est élargie.
Et le poème alors remplaç-a l'élégie.
E.NVOr. 55
En déployant mon vol, mon sujet s'agrandit;
Je t'ai parlé long-temps, mais je n'ai pas tout dit.
Notre ùme sent en elle , aussitôt qu'on la sonde,
Croître et se dérouler l'immensité d'un monde.
On peut en explorer un champ vierge et fécond;
Mais on y trouve aussi des abîmes sans fond
Que l'homme ne voit pas ou qu'il ne saurait peindre ,
Car il sent sur leurs bords le vertige l'atteindre ;
Son impuissance alors l'arrête à chaque pas;
Il voudrait se décrire , et ne se connaît pas !
Ces profondeurs, que couvre un éternel mystère,
Attiraient mes pensers... ma voix a dû les taire.
Cependant, j'aurais pu joindre encore à mes cbaiils
D'autres rêves d'amour, d'autres désirs touchants :
Mêlant au souvenir chaque image présente ,
J'aurais pu compléter mon cpuvre insuffisante.
Ainsi, chaque saison on voit le jeune ormeau
A son feuillage ancien unir un frais rameau;
Mais, tandis qu'il grandit, si la foudre le brise.
Pour lui plus de soleil , de rosée et de brise :
Sa sève se tarit , il tombe desséché ,
Et sur l'herbe des champs il demeure couché.
Ainsi, quand j'ajoutais des cordes à ma lyre. Le souille du malheur a glacé mon délire. Me laissant comme l'arbre à la terre arraché; Tout ce qui me fut cher par la mort est fauché : A l'espoir du bonheur quand tu m'avais rendue , Quand j'allais être heureuse, hélas! je l'ai perdue, Celle qui m'adorait ! celle dont l'amitié Des tourments de ma vie aurait pris la moitié ! Ma mère ! mon soutien , mon guide , mon amie , Repose loin de moi , dans la tombe endormie ! Oh! quand elle a laissé sa malheureuse enfant Dans ce monde pervers où l'or seul nous défend ; Quand, mourante et sans voix dans sa nuit d'agonie, Ne pouvant me parler, son geste m'a bénie ! Quand, se fixant sur moi, ses douloureux regards Semblaient me dire : « Adieu ! je te quitte, je pars ! » Ma fille ! Dieu le veut ! ta mère t'abandonne !
» Mais ses derniers regrets, à toi son cœur les donne! » Puis, quand ses yeux ternis ne me dirent plus rien , Quand la mort eut brisé mon unique lien , Qu'on l'emporta livide en sa couche glacée , Dans le même cercueil que ne m'a-t-on placée !
Oh! non, je n'a\ais pas souffert jusqu'à ce jour!... Eh! qu'importe à mon cœur et la gloire et l'amour? La terre disparait en face de la tombe ; Là toute illusion s'évanouit et tombe ! ! ! La gloire... hélas! à qui l'offrirais-je aujourd'hui? Pour ce fardeau brillant il me faut un appui ; Celle dont le trépas vient d'arrêter ma vie, De mes jours de triomphe eût seule été ravie ; Je me serais jetée entre ses bras tremblants ; J'aurais de ma couronne orné ses cheveux blancs. Et voyant dans ses yeux briller de douces larmes, Ah ! de la gloire alors j'aurais compris les charmes ! ! !
Comme un éclair d'été qui s'éclipse sans bruit,
Tel, sans réaUté , mon espoir fut détruit.
Ici-bas, désormais, s'est épuisé mon rêve;
C'est vers un but nouveau que mon esprit s'élève :
Pour voir à l'idéal succéder le réel ,
Je voudrais déployer mes ailes vers le ciel ,
Je voudrais m'affranchir de cette vie amère,
Et déjà reposer où repose ma mère ! ! !
FIN DU l'OIMF..
Cir;l<;au «le Scrvanne, juillcl 183t.