‹ Poésies complètesChapitre 33 sur 160 · LÉGENDE DU MONT SAINT -MICHEL · texte numérisé non relu

LÉGENDE DU MONT SAINT -MICHEL

Ton aiV-oiir, c'csl le 111 aii(|ut'l si' ticnl nin \ ic La Buéiie, ami de Moxtaicxe.

Spires whosc silunt lin(;er poiiils lo licavcn. Wonnsw riTU.

« La mer mugit sous la rafale , )' La foudre grontle à coups presses ; )) Volez , amenez ma cavale " Au perron de la grande salle :

)' Je vous attends : obéissez ! »

Et le page court, hors d'haleine, Sur le pont-levis du manoir; Et bientôt on voit , dans la plaine , La jeune et belle châtelaine S'enfuir sur son palefroi noir.

Nul écuyer ne l'accompagne; Et, dans son délire imprudent, Elle franchit ravin, montagne.

Et pour guide, dans la campagne, Suit une étoile à roccident !

Pauvre Yseult ! une larme brille A travers son voile flottant ! . . .

La mort a fauché sa famille :

11 ne reste à la jeune fille Que le bien-aimé qu'elle attend!..,

Et ce bien-ainié , qui , naguère , De son père fut l'ennemi, Chercliant le trépas dans la guerre, Deviut prisonnier d'Angleterre, Et loin d'elle a longtemps gémi.

Mille pistoles de Castille Sont la rançon du chevalier :

II n'a point d'or, point de famille, Mais l'amour de la jeune fille Des fers saura le délier!

« Deux, mille pistoles, dit-elle, » Si tu le ramènes vers moi :

» Pars, Hubert, serviteur fidèle, » Et de mes femmes la plus belle )) Au retour t'octroîra sa foi ! »

Hubert partit, et l'orpheline Erre souvent près de la mer; Mais le soleil brille et dédinc.

Sans qu'un navire se dessine Et glisse entre les flots et l'air!

Qu'elle parut longue, l'attente,

A ce cœur qui comptait les jours!...

Enfin , sur la mer mugissante

Elle a vu la voile flottante

Du vaisseau qu'elle attend toujours'..

Et voilà pourquoi vers la plage

Que domine le vieux couvent,

Malgré la fureur de l'orage,

Elle dirige avec courage

Son coursier plus prompt que le vent.

Du but de sa course elle approche :

Devant elle , comme un géant , Le couvent sur la grande roche

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S'élève, et le son de sa cloche Se mêle au bruit de l'Océan!...

Voici la î;otliique chapelle Ceinte d'ogives et d'arceaux , Architecture de dentelle Où le jour naissant étiiicelle A travers l'émail des vitraux ;

Puis, le cloître aux grêles colonnes, Dont les chapiteaux variés Sont couverts de saints, de madones, De papes assis sur leurs trônes, Et de martyrs crucifiés;

Puis, dans ce cloître, un bosquet sonibie D'églantines et de jasmins, Recouvrant les dalles sans nombre Où les moines dorment à l'ombre Des Heurs que semèrent leurs mains;

Puis, ainsi qu'une forteresse.

Le monastère à grandes tours

Où bien souvent, daîis leur détresse.

Le baron , le duc et l'altesse

Aux moines demandaient secours!

Mais, plus haut que le monastère, La chapelle et le cloître , au ciel Monte le clocher solitaire , Et de sa flèche, vers la terre.

S'incline l'archange Michel...

Sur le rivage qu'il protège Il étend ses deux ailes d'or ' ,

1 Uuc slutnc (le l'archange M'ilIr-I, ivcouverle de laines d'or, fut tloiiiiée par liii pai)e au monastère. Elle était placée sur l'exlrém'.lé de !a H 'cIic, d'où ses ailes dé ployées semblaient jirotéger le mont et le rivage.

Et, levant sa lance, il assiège Le démon au dard sacriléj^e, Qui sous ses pieds palpite encor.

C'est l'ange gardien du pilote , C'est un phare pour le vaisseau ; Car il domine la plus haute Des montagnes de cette côte, Et son regard plane sur l'eau.

De ce mont qu'entoure la grève Il éloigne le voyageur, Quand le flux de la mer se lève Et que chaque vague est un glaive Lancé par le bras du Seigneur.

Quand l'onde recule et s'écoule, C'est encor lui qui l'avertit Que le sable mouvant s'éboule , Et creuse à celui qui le foule Un abîme qui l'engloutit.

Mais l'intrépide châtelaine Ne redoute pas ces dangers; Plus rapide que le phalène, Son noir courtier elfleure à peii.e Le sable sous ses pieds légers.

Comme un fantôme, elle traverse Sans guide les sentiers obscurs; Puis, en disant son nom, disperse La garde , et fait lever la herse Qui du couvent ferme les murs.

Minuit sonnait au monastère; Les moines priaient réunis; Jls célébraient le saint mystère Pour ceux qu'ensevelit la terre Sans qu'un prêtre les eût bénis.

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