‹ Poésies complètesChapitre 40 sur 160 · IJOLTADE COMITE LA RAISON · texte numérisé non relu

IJOLTADE COMITE LA RAISON

D'une ànie indifférente et forte

Voir l'infortune et la braver;

Sans que leurs douleurs nous effleurent ,

Puiser une utile leçon

Dans ks larmes de ceux qui pleurent ;

Voilà ce qu'on nomme raison.

Quand le bonheur nous abandonne,

S'immoler à la vanité;

Rendre au monde ce qu'il nous donne,

Dédain , impassibilité !

Être, en commençant l'existence,

Insensible à la trahison ;

S'endurcir contre l'inconstance :

Voilà ce qu'on nomme raison.

Vieillir l'àme avant que les rides Viennent sillonner notre front ; Tarir par des calculs arides Tout sentiment tendre et profond 5 Fuir l'amitié qui nous convie; Dans l'amour prévoir l'abandon ; Arracher les fleurs de la vie :

Voilà ce qu'on nomme raison.

Si le cœur, comme Prométhée , Saigne rongé par un vautour; Si la vie est désenchantée, Si l'espoir a fui sans retour; Si le souvenir nous déchire, Savoir feindre la guérison, Étouffer nos pleurs et sourire :

Voilà ce qu'on nomme raisoji.

Sitôt que sa paupière s'ouvre, Dessiller l'enfant ingénu, Lever le voile qui le couvre Et lui montrer le monde à nu ; Dans son âme qui vient d'éclore Mêler la crainte et le soupçon

A l'espérance qu'on déllore :

Voilà ce qu'on nomme raison.

Au flambeau que la gloire allume Préférer un obscur destin ; Sans que la lèvre s'y parfume Briser la coupe du festin ; Toujours au fond de l'ambroisie Soupçonner un amer poison ; Vivre sans foi , sans poésie :

Voilà ce qu'on nomme raison.

Raison, dont je suis obsédée, Déité des esprits rampants.

Tu soumets toute noble idée Aux préjugés dont tu dépends!

Sous ton joug l'âme est avilie ; La foule abuse de ton nom; Pour une sublime folie Je t'abandonne; adieu, raison.

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