IJOLTADE COMITE LA RAISON
D'une ànie indifférente et forte
Voir l'infortune et la braver;
Sans que leurs douleurs nous effleurent ,
Puiser une utile leçon
Dans ks larmes de ceux qui pleurent ;
Voilà ce qu'on nomme raison.
Quand le bonheur nous abandonne,
S'immoler à la vanité;
Rendre au monde ce qu'il nous donne,
Dédain , impassibilité !
Être, en commençant l'existence,
Insensible à la trahison ;
S'endurcir contre l'inconstance :
Voilà ce qu'on nomme raison.
Vieillir l'àme avant que les rides Viennent sillonner notre front ; Tarir par des calculs arides Tout sentiment tendre et profond 5 Fuir l'amitié qui nous convie; Dans l'amour prévoir l'abandon ; Arracher les fleurs de la vie :
Voilà ce qu'on nomme raison.
Si le cœur, comme Prométhée , Saigne rongé par un vautour; Si la vie est désenchantée, Si l'espoir a fui sans retour; Si le souvenir nous déchire, Savoir feindre la guérison, Étouffer nos pleurs et sourire :
Voilà ce qu'on nomme raisoji.
Sitôt que sa paupière s'ouvre, Dessiller l'enfant ingénu, Lever le voile qui le couvre Et lui montrer le monde à nu ; Dans son âme qui vient d'éclore Mêler la crainte et le soupçon
A l'espérance qu'on déllore :
Voilà ce qu'on nomme raison.
Au flambeau que la gloire allume Préférer un obscur destin ; Sans que la lèvre s'y parfume Briser la coupe du festin ; Toujours au fond de l'ambroisie Soupçonner un amer poison ; Vivre sans foi , sans poésie :
Voilà ce qu'on nomme raison.
Raison, dont je suis obsédée, Déité des esprits rampants.
Tu soumets toute noble idée Aux préjugés dont tu dépends!
Sous ton joug l'âme est avilie ; La foule abuse de ton nom; Pour une sublime folie Je t'abandonne; adieu, raison.