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FÊTE NOCTURNE

C'était dans une nuit pleine de poésie, Telle que l'on en voit aux rivages d'Asie : Traçanti sur un ciel bleu son lumineux chemin , La lune se cachait sous une blanche nue. Ainsi qu'une vierge ingénue Qu'entoure son voile d'hymen.

Puis elle secouait son vêtement de neige , Et, des étoiles d'or se faisant un cortège, Elle errait dans Téther comme un globe de feu : On eût dit que, voilant sa lumière immortelle Pour contempler la nuit si belle, S'était entr'ouvert l'a^il de Dieu !

Les rayons dans les eaux jouaient par intervalle, Sillonnaient les gazons, jetaient un reflet pAle

88 FLEURS DU MIDf.

Sur les arbres géants d'un magique jardin Où la terre exlialait de suaves arômes,

Et montrait aux regards des hommes

La réalité de l'Éden.

A travers les réseaux de Heurs demi-voilées Par les herbes des prés et l'ombre des allées , On voyait tour à tour le kiosque d'Orient, La chapelle gothique et la villa romaine : Les arts, de la nature empruntant le domaine, Dérobaient leur splendeur sous son voile riant.

Soudain sur ces objets, où la lune pâlie Ne jetait qu'un éclat plein de mélancolie , La lumière étendit ses magiques couleurs : Le jardin tout entier, comme par un prestige, Resplendit , et l'on vit briller de tige en tige Des grappes de clarté se confondant aux fleurs.

Dans l'air retentissaient mille instruments bizarres. Répétant tour à tour de joyeuses fanfares

Ou des accords touchants ; Parfois le rossignol, se mêlant à leur lutte. Aux sons bruyants du cor, aux soupirs de la flûte,

Harmonisait ses chants.

Et des femmes erraient dans ces Champs-Elysées, Exhalant des parfums, belles, poétisées,

Au corps svelte et moelleux :

Des écharpes flottafent sur leurs épaules imes, S'étalant aux regards, plus blanches que les nues

Qui glissaient dans les cieux.

Les unes s'élançaient sur des chars faits pour elles ; I-es autres, sur des paons qui déployaient leurs ailes. Rieuses, se posaient dans un mol abandon; Et (piand leurs doigts armi's de légères baguettes Atteignaient les anneaux suspendus sur leurs tètes. D'une rose on leur faisait don.

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