‹ Poésies complètesChapitre 52 sur 160 · IMPRESSION DU SALON · texte numérisé non relu

IMPRESSION DU SALON

J'aime à voir retracé par un pinceau sublime

Quelque grande infortune ou bien quelque grand crime ;

J'aime tous ces tableaux qui rendent tour à tour

Les douleurs du génie et celles de l'amour;

Quand l'œuvre de l'artiste est l'écbo d'un poète,

Pour l'admirer long-temps près d'elle je m'arrête;

Mon cœur s'cmeut, je rêve, et mes pleurs, en coulant.

Sont les éloges vrais que je donne au talent.

Ainsi, Schefler, toujours ta Francesca m'attire:

Sur la toile animée oi^i revit son martyre.

Je crois relire encor les vers purs et touchants

Dont le Dante a formé le plus beau de ses chants :

Ton génie a compris ce drame de tendresse,

Et tu nous l'as traduit dans toute sa tristesse.

Vous qui vous flétrissez en passions d'un jour. Vous n'avez pas souffert de ce profond amour Qui nous fait ressentir dans ses transports étranges Les fureurs des démons, les extases des anges! Cet amour! c'est celui qui perdit Francesca; Qui du sceau des damnés à jamais la marqua; Qui métamorphosa la femme calme et pure Kn amante brûlante, en épouse parjure.

L'ouragan infernal aux bras de Paolo

La poursuit... regardez ce douloureux tableau!

Au cou de son ainant elle se susj)end , telle

Que le Dante la peint dans sa page immortelle ;

Ses cbeveux dénoués voilent son corps si blanc,

Qui garde du poignard le stigmate sanglant :

Une larme éternelle à sa joue est glacée ,

Larme de désespoir, par le remords versée ,

Alors que* tous les deux, frappés du même fer,

Ils s'étaient éveillés aux douleurs de l'enfer!

Alors qu'à ce doux mot qu'ils échangeaient : « Je t'aime.

Une implacable voix répondit : Anatbèrae !

Et qu'à leurs jours d'amour, rapides, fortunés,

Ils virent succéder les longs jours des damnés!

Mais Dieu, pour adoucir sa sévère justice,

Ne les sépara pas dans ce lieu de supplice ,

Et tous les deux , en proie à l'éternel tourment ,

Ont encore un rayon de bonheur, en s'airaant.

l'ari», 1835.

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