‹ Poésies complètesChapitre 53 sur 160 · LE DÉSERT · texte numérisé non relu

LE DÉSERT

Le désert ! le désert dans son immensité ,

Avec sa grande voix, s:a sauvage beauté,

Ses pics toucliant les cieux , ses savanes, ses ondes.

Cataractes roulant sous des forets profondes;

Ses mille bruits, ses cris, ses sourds mugissements,

Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l'aube orientale Se lève, et fait briller les tré.>ors qu'il étale;

LE DESERT. ^ 9j

Quand (lu magnolia le bouton parfumé S'ouvre sous les baisers de (jiiehiue insecte a^mé; Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe, Enlace le palmier d'une amoureuse étreinte; Et que, s'éjouissant sous ces légers lambris, Escarboucles vivants , chantent les colibris !

Le désert d'Amérique avec toutes ses grâces , Lorsque d'aucun mortel il ne gardait les traces , , Et qu'avec ses grands bois, ses eaux, ses mines VVoi', Aux regards de Colomb il s'offrit vierge encor.

Ah ! qui ne la rêva , cette belle nature ;

Qui n'eût voulu quitter ce monde d'imposture ,

Ce monde où tout grand cœur lînit par s'avilir,

Pour courir au désert, vivant, s'ensevelir;

Pour chercher dans l'Éden de Paiil et Virgimc

L'ineffable bonheur que la terre dénie?

Vœu de paix et d'amour par chaque en ur conçu j

Et qui s'évanouit, hélas! toujours déçu!

Voilà souvent cpiel est mon rèvc Dans ces instants d'ennui profond Où le désespoir, comme un glai^e, Reste suspendu sur mon front.

Le désert , le désert m'appelle ; Pourquoi ces chaines à mes pas ?

Oiseaux voyageurs, sur votre aile Pourquoi ne m'emportez-vous pas!'

90 4 FLEURS DU JNIIUI.

Page 1