LE DÉSERT
Le désert ! le désert dans son immensité ,
Avec sa grande voix, s:a sauvage beauté,
Ses pics toucliant les cieux , ses savanes, ses ondes.
Cataractes roulant sous des forets profondes;
Ses mille bruits, ses cris, ses sourds mugissements,
Gigantesque concert de tous les éléments !
Le désert ! le désert ! quand l'aube orientale Se lève, et fait briller les tré.>ors qu'il étale;
LE DESERT. ^ 9j
Quand (lu magnolia le bouton parfumé S'ouvre sous les baisers de (jiiehiue insecte a^mé; Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe, Enlace le palmier d'une amoureuse étreinte; Et que, s'éjouissant sous ces légers lambris, Escarboucles vivants , chantent les colibris !
Le désert d'Amérique avec toutes ses grâces , Lorsque d'aucun mortel il ne gardait les traces , , Et qu'avec ses grands bois, ses eaux, ses mines VVoi', Aux regards de Colomb il s'offrit vierge encor.
Ah ! qui ne la rêva , cette belle nature ;
Qui n'eût voulu quitter ce monde d'imposture ,
Ce monde où tout grand cœur lînit par s'avilir,
Pour courir au désert, vivant, s'ensevelir;
Pour chercher dans l'Éden de Paiil et Virgimc
L'ineffable bonheur que la terre dénie?
Vœu de paix et d'amour par chaque en ur conçu j
Et qui s'évanouit, hélas! toujours déçu!
Voilà souvent cpiel est mon rèvc Dans ces instants d'ennui profond Où le désespoir, comme un glai^e, Reste suspendu sur mon front.
Le désert , le désert m'appelle ; Pourquoi ces chaines à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile Pourquoi ne m'emportez-vous pas!'
90 4 FLEURS DU JNIIUI.