UN COEUR BRISÉ
« O souvenir de pleurs et de mélancolie !
» Ceux que j'aurais aimés ne m'ont point accueillie!
» Ou bien, insoucieux, » Ils vantaient ma beauté sans comprendre mon âme, » Lt ne soupçonnaient pas sous ces dehors de femme
» L'ange tombé des cieux !
)) Comme un lac dont la brise eftleure la surface
» Sans agiter le fond , » Ces êtres aux cœurs froids, où tout amour s'efface, » Pour moi n'eurent jamais un sentiment profond.
» Innocence, candeur, tendresse virginale, )) Ils vous abondonnaient sans larmes, sans regret, » Et toujours triomi)bait dans leur âme vénale » Un vulgaire intérêt.
» Ils passaient tous ainsi comme des ombres vaines; » Le fantôme adoré, l'idéal que j'aimais, » Celui qui de ma vie eût adouci les peines, » N'apparaissait jamais!
l'iN Ca<AJR BRISÉ. 101
)) Jamais l'aven cliôri qui captive une femme, » Qui mêle pour toujours son àme vierge à l'àme
» D'un jeune fiancé, » Ne porta dans mes sens une ivresse suprême; » Non, jamais par l'amour, jamais ce mot : Je t'aime,
» Ne me fut prononcé !
» Jamais, en s'élancant au seuil de ma demeure, » Un mortel adoré ne me dit : Voici l'heure
» Promise à ton ami !
)) Et, triomphant malgré la pudeur qui résiste, )) N'effleura d'un baiser mon front rêveur et triste! » Non , jamais dans ma main une main n'a frémi.
w Nul rayon de bonheur sur mes jours ne se lève; » L'amour que j'appelais ne m'a pas répondu! » Déjà mon front pâlit et mon printemps s'achève, » Et pour moi l'avenir est à jamais perdu !
» L'homme peut à son gré recommencer sa vie , )> Par un jour radieux son aurore est suivie; » De jeunesse et de gloire il est beau tour à tour; » Il règne en cheveux blancs; mais nous, on nous dénie V Les palmes des combats, les lauriers du génie; » Nous n'avons que l'amour.
» Et s'il ne sourit pas à nos fraîches années , M Si, jeunes, nous vi\ons, hélas! abandonnées, » N'espérons pas plus tard un fortuné destin : » Des mères qu'on bénit et des chastes épouses » Contemplons le bonheur sans en être jalouses; » Le soir ne peut donner les roses du matin. » Etie parlait ainsi , la femme délaissée , ICt dans son sein brûlant fermentait sa pensée: Puis, jetant un regard de merci vers les cienx. Pour ne plus les rouvrir, elle ferma les yeux.