‹ Poésies complètesChapitre 57 sur 160 · CONSEILS A · texte numérisé non relu

CONSEILS A

Pourquoi vous asservir au ridicule usage De ces mots sans pensée, idiome moqueur, Qui, comme une beauté qui farde son visage, Éblouit un instant, et n'émeut pas le creur !

Laissez tout ce clinquant à de petites tètes. Qui, de leur Ame vide excitant la torpeur, Ont besoin de couvrir d'un manteau d'épithètes La froide nudité d'une œuvre de vapeur.

Laissez ce feu glacé , ces rimes toutes faites Au pauvre Italien fabriquant le sonnet Pour les enterrements , les naissances , les fêtes , Dans un moule uniforme et que chacun connaît.

N'allez pas, pour me rendre un gracieux hommage. Habiller d'oripeaux un simple compliment; Quand la pensée est vraie, elle produit l'image Qui la couvre sans art, ainsi qu'un vôteînent.

Croyez-moi , mieux vaudrait une parole nue

Que la brise du soir, le souffle aérien,

Le rayon, le parfum, la vaporeuse nue.

Dont vous formez vos vers, et qui n'expriment rien.

Que de ce mauvais goût votre esprit se dégage; De ces mots cadencés jadis je m'enivrais; Aujourd'hui je dédaigne un factice langage : J'ai senti que pour plaire il nous faut être vrais.

Nîmes, août 183i.

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