‹ Poésies complètesChapitre 70 sur 160 · HERMIONE · texte numérisé non relu

HERMIONE

Sur son sein qu'une gaze voile, Sur ses bras croisés chastement, Chaque veine jette une étoile , Chaque fibre un rayonnement.

Des boucles de sa chevelure S'échappent des jets lumineux , De sa joue animée et pure Le duvet d'argent a des feux ;

Son sourcil, en croissant de flamme, Scintille au-dessus de son œil, De son œil , miroir de son âme , Mélange d'amour et d'orgueil.

L'éclat de l'arc-en-ciel rayonne Sur son front diaphane et pur.

Et l'opale qui la couronne Brille dans un cercle d'azur.

Pierre merveilleuse et vivante , Dans cette opale au feu perçant Circule une flamme mouvante.

Comme au cœur circule le sang.

C'est l'emblème de son génie.

C'est le foyer de son amour; Quand l'opale sera ternie , Hermione perdra le jour.

Hermione , vierge d'Asie , Enfant du soleil et de l'air. Qu'un souffle de la poésie Fit éclore dans un éclair ;

Hermione , c'est la pensée , C'est l'intelligence et la foi , Lumière par les cieux versée, Que l'âme en naissant porte en soi ;

134 PEiNSEROSA.

Et cette opale fantastique Que l'on n'altère pas en vain , C'est la figure symbolique D'un front marqué du sceau divin.

Malheur à celui qui la souille !

Malheur au souffle d'ici-bas Qui llétrit l'âme et la dc-pouille D'un bien qu'on ne recouvre pas !

Hermione , fille d'un mage, Être d'amour, être de feu , Ame ardente (jui fut l'image De celle que t'eiivoyait Dieu;

De cette âme à la tienne unie , Où l'amour ne peut s'effacer.

Qui dans son étreinte infinie S'ouvre au ciel et veut l'embrasser î

Foyer qui brûle un cœur de femme , Qu'en ton sein tu pouvais cacher, Poésie, amour, double flamme Qui dans toi voulait s'épancher.

Gabriel, ange de mes rêves!

Étoile qui brille en ma nuit.

Ombre qui glisse sur les grèves, Fantôme que j'aime et qui fuit.

Sur ce front si triste et si pâle.

Où ton souffle vient de courir. Ma vie est semblable à l'opale Dont le feu tiemblaut va mourir.

Ma vie à l'amour est liée , Et c'est toi qui donnes l'amour; Que de pleurs dans la fleur pliée Lorsque le solçil manque au jour!

ÎÏERMIONE. 135

An lion de l'ardente lumière Qui rayonnait quand tu m'aimais , One de larmcb dans ma paupière, Que rien n'éclaire désormais!

Comme dans l'opale qui tremble, Le feu s'éteint dans mon regard , ïu m'avais dit : Vivons ensemble, Je suis seule au jour du départ.

Vois! déjà la mort va descendre.

Et, comme Hermione, avant peu Mon corps te laissera sa cendre , L'âme éplorée ira vers Dieu !

SOUVENIR DE SERYANNE.

Oh! que ne puis-je encore habiter sous ton aile, Dans la maison des champs, la chambre maternelle! Près de toi que ne puis-je y dormir chaque nuit , Jusqu'à l'heure oii renaît la lumière et le bruit, Jusqu'à l'heure oii toujours , la première levée , Tu venais en riant, d'une voix élevée, M'éveiller et linir ces rêves orageux

13fi PENSEROSA.

Qui pour moi de l'enfance empoisonnaient les jeux ! Ces rêves dont j'étais jour et nuit poursuivie , Qui formaient dans ma vie une seconde vie, Idéale, sublime, et qui tue à jamais L'existence réelle! Et toi, toi qui m'aimais : « Enfant , me disais-tu , laisse tout penser grave A l'âme des vieillards. L'atmosphère est suave, Viens voir du jour naissant les secrètes beautés ; Que de naïfs plaisirs ton cœur n'a pas goûtés! Du luxe et des grandeurs l'âme se rassasie ; Mais il est une intime et simple poésie Que pour toi Dieu sema dans les champs d'alentour; Viens, tu feras des vers sur le lever du jour. Et ton chant virginal, ainsi qu'une prière. Montera vers le ciel , d'où descend la lumière. »

Et de ma couche alors levant le blanc rideau , Ma mère , tu semblais soulever le fardeau Qui pesait sur mon cœur; et, soudain éveillée, Puis par tes douces mains avec soin habillée, Après avoir prié pour mon père et pour toi Le ciel où maintenant vous priez Dieu pour moi ; Après avoir reçu de ta lèvre adorée Ce baiser du matin dont la mort m'a sevrée , Plus c^lme et ranimant mon cour à ton amour. Je te suivais aux champs pour voir lever le jour. Et d'abord sous cet orme à l'ombre séculaire, Qui sur la grande cour dresse un toit circulaire, Comme pour abriter avec son vert manteau Du soleil du midi les murs blancs du château; Sous cet orme où l'oiseau pose son nid de mousse, p

Où le coq matinal chante, où la poule glousse , Où le paon fait briller son plumage étoile , D'abord tu t'arrêtais en égrenant du blé ; Et la poule et le coq à la crête écarlate Accouraient en frappant le gazon de leur patte ; Et le paon , déployant sa queue en tournesol , Leur disputait le grain qui tombait ^ur le sol; Et les oiseaux dans l'air jetaient mille ramages , Et le soleil jouait dans leurs brillants plumages,

SOUVENIR DE SERVA>NE. i:

Je rêvais en voyant ta sublime bonté Embrasser la nature en son immensité, Se répandre, depuis les douleurs du génie Jusqu'à l'agneau bêlant , en tendresse infinie , Et donner à tout être , bêlas ! qu'on foule au pié , Une part de ton cœur, tout amour et pitié. Je rêvais en voyant tout ce que l'bomme blesSe , Misère , probité , génie , amour, faiblesse , . Dans ton Ame si grande et si simple à la fois, Trouver un sentiment, des larmes, une voix. Cette troupe d'oiseaux , à tes pieds accourue , Peignait la pauvreté, qui, par toi secourue, Venait à la même heure , au bord de ton chemin , Recevoir chaque jour l'aumône de ta main. La mère qu'accablait le poids de ses entrailles , Voyait doubler par toi le froment des semailles ; Tu cachais sous l'épi dans nos moissons glané La layette de lin pour l'enfant nouveau-né; Puis tu disais avec un sourire céleste : « La pauvre femme assise à son foyer modeste , Ce soir en déliant les gerbes du faisceau , De ce fils qu'elle attend trouvera le trousseau; Et l'enfant, qui déjà pressentait la misère, Tressaillera joyeux dans le sein de sa mère. »

La charité, l'amour, ces divines vertus Dont pour nous ennoblir Dieu nous a revêtus ; La charité , ce mot du céleste idiome , Qu'un ange à son berceau dut enseigner à l'homme, La charité du Christ, qui fit naître la foi , O ma mère, elle était inépuisable en toi; Sur les douleurs du corps, sur les tourments de l'âme, Sur tout ce qui souffrait tu versais son dictame; Oui, l'amour qui console et guérit, tu l'avais. Voilà pourquoi marchant près de toi je rêvais; Pourquoi , quand je sondais ma pensée orgueilleuse , Qui demandait aux arts une gloire douteuse , Je me sentais rougir de désirer si peu : Au lieu de tes vertus, la gloire... Oh! non, mon Dieu!

PENSEPiOSA.

La gloire, «''cho qui meiiit, terre un jour éboulée Source qui se dessèche après s'être écoulée; La gloire, qui n'a pas un ami près de soi, Cette gloire, ô mon Dieu! détournez-la de moi, Et faites-moi chercher la charité féconde , Dont ma mère reçut la couronne en ce monde. Et qui vint se pencher riante à son chevet Le jour où son exil ici-bas s'achevait.

Paris, 1833.

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