AIX
Quand le sol en biver est blanclii par la neige , Qu'on voit trembler le roc que le mistral assiège. Comme sous l'océan on sent trembler l'écueil; Quittant jusqu'au printemps ces campagnes de deuil, Nous allions babiter la cité provençale. Suzeraine autrefois, mais aujourd'bui vassale. Vassale ! avec sa tour gothique à l'borizon , Ses portails couronnés d'armes et de blason , Ses clochers dentelés , ses sombres cathédrales Où rois et chevaliers reposent sous les dalles. Vassale ! ô désespoir d'un front découronné ! Toi, mère d'un royaume et veuve de René, Vassale, dans la poudre où ton passé sommeille, D'une nouvelle Tyr, de la riche Marseille ! Comme une mendiante assise sur son seuil, IMais conservant encore un sentiment d'orgueil, Tu jettes le dédain de l'aristocratie A cette parvenue au commerce eniichio.
162 PEINSLROSA.
Eu voyaut sa splendeur et sa prospérité,
Jamais pour l'imiter ton cour n'a palpité.
Humble et vaine à la fois, pauvre cité ridée,
Le siècle ne t'a pas fait changer d'une idée.
De la stabilité tu t'imposes la loi ;
Quand tout change et se meut , tu restes toujours toi !
ïu vis dans ton repos , semblable à ces momies
Aux sépulcres d'Egypte à jamais endormies.
Un empire s'élève, un empire est détruit.
Sans que ton lourd sommeil s'interrompe à ce bruit.
Sans que, te ralliant au siècle qui travaille,
Tu t'émeuves aux voix dont le monde tressaille.
On dirait qu'au passé voulant te réunir.
Tu n'as point de présent, tu n'as point d'avenir.
Sur ton squelette froid , que la foule déserte ,
L'herbe s'élève ainsi qu'en une tombe ouverte ,
Et dans tes murs glacés, que le temps oublia.
On sent l'air du cercueil ainsi qu'à Pompéia.
Lorsque du voyageur l'œil attristé s'arrête
Sur la plaine où tu gis, languissante et muette.
Il t'aperçoit couchée au pied des noirs coteaux
Que des champs d'oliviers couvrent de leurs manteaux.
Ces arbres de la paix, à la pâle verdure,
A ton corps sans chaleur servent de sépulture.
Nul canal aux flots purs , nul fleuve bondissant
Ne verse à ton artère et la ^ ie et le sang.
Dans les tlots sulfureux d'une source attiédie
Tu te baignes en vain, tu restes engourdie;
Ta ^ie est morte au cour, et ton front est penché
Sur le lit de cailloux d'un torrent desséché.
Eh bien! dans ton oubli, fière et pauvre, je t'aime;
J'aime les grands débris, les rois sans diadème ;
Les monuments romains aux murs démantelés,
Les chênes par l'orage ouverts, échevelés.
Les vieux guerriers portant au front des cicatrices;
Les poètes aux voix fortes, dominatrices,
Et que marqua le sceau de la fatalité ;
J'aime tout ce qui fut fait pour l'éternité ,
Tout ce qui garde encore , en perdant sa puissance ,