AIX. 1G
Des vestiges de gloire et de magnificence !...
O ma vieille cité, je m'en souviens encor,
Quand, au soleil couchant que baignaient des flots d'or,
Nous arrivions le soir au haut de ta colline
Couverte d'oliviers et d'où l'oeil te domine ,
Dans mon âme d'enfant un sentiment naissait,
Amour du sol natal qui vers toi s'élançait ,
S'attachant à tes murs, à ton sol, à tes arbres,
Saluant en amis tes palais, tes vieux marbres,
Ta fontaine attiédie , et d'où l'onde , en fumant ,
S'élance en arc-en-ciel et tombe bruyamment ;
Puis cette vieille allée aux ormes séculaires ,
ï'abritant du soleil aux jours caniculaires.
Et qui de loin semblait me tendre ses bras verts
Comme ceux d'une mère à sa fille entr'ouverts.
Je t'aimais , et de toi je me croyais aimée :
Dans mon naïf amour je t'avais animée ;
Ton sol semblait sourire à mes pas; tes remparts,
S'ouvrir et me jeter de caressants regards ;
Et quand j'avais franchi ton enceinte de pierre,
Dans mon cœur j'entendais ta voix bospitaUère.
Maintenant, au passé rattachant l'avenir,
Si je reviens à toi, c'est par le souvenir.
Je t'aime en te peuplant des fantômes que j'aime ;
Mais quand j'étais enfant je t'aimais pour toi-même ;
Sentiment puéril, indicible et si doux.
Illusions, folie, oh! pourquoi fuyez- vous?
Paris, 183,1.
164 PENSEROSA.