NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIII
Pour achever son œuvre diabolique, M""^ Dovalle était maintenant la dernière survivante qui gênât ses vues ; il fallait se hâter d'en finir, l'heure pressait, car l'infortunée mère portait dans son sein un nouvel enfant qu'il importait de détruire avec elle ; mais son impunité enhardissant son audace devait enfin la perdre.
Sous le fallacieux prétexte d'apporter des menues faisances que les fermiers de la Vallée de la Loire avaient acquittées, Annette Robineau vint de nouveau, peu de temps après, à Montreuil.
M™* Dovalle, désireuse de reconnaître son attention, la retint à dîner, à la cuisine, avec ses domestiques, qu'elle se mit aussitôt en devoir d'aider parce qu'on recevait une amie ce soir-là. Cette considération ne devait pas d'ailleurs l'arrêter dans l'exécution de son épouvantable résolution. Pendant un instant d'isolement qu'elle s'était ménagé, en envoyant la cuisinière au jardin prévenir ses maîtres que le dîner était servi, elle versait rapidement le poison dans la soupière. Puis, guettant sur le seuil de cette maison où elle avait jeté la mort et le deuil, sa nouvelle victime, elle cherchait par un baiser de Judas à consoler cette pauvre mère éplorée, dans le cœur de laquelle sa présence ravivait sans doute de récents et douloureux souvenirs, et disait : « Allons, 7na chère « dame, ne pleurez donc pas toujours comme cela, surtout
XXXIV CHARLES DOVALLE
« dans la situation oit vons vous trouvez (faisant allusion « à sa prochaine maternité)^ celui qui va venir vous « consolera des autres petits mignons qui sont morts ; « allez donc vous mettre à table et mangez bien pour « prendre de la force ! »
Déjà les convives s'étaient attablés devant le potage fumant, en célébrant son appétissante odeur, et M. Dovalle incitait sa jeune femme à vaincre sa répugnance habituelle à prendre des aliments, qu'expliquait facilement son état de grossesse avancée ; mais, ne pouvant dominer cette répulsion naturelle, elle n'en mangea, comme d'ordinaire, que fort peu heureusement, ce soir-là, en déclarant à son mari qu'il lui faisait mal au cœur ; et , M. Dovalle se hâta de reconnaître , « par sympathie sans doute, ajoutait-il gaîment », qu'il lui trouvait, en effet, un singuHer goût.
Lorsqu'on le rapporta à la cuisine, la fille Robineau essaya de dissuader ses compagnes d'en manger, disant en riant, qu'il était empoisonné ; mais les deux servantes, avec l'honnêteté indignée de personnes sûres d'ellesmêmes, répliquèrent : « Et ! qui est-ce qui aurait bien pu y mettre du poison donc ? » Et, comme pour protester de leur innocence, devant le refus d'Annette de les imiter, elles vidèrent, à elles deux, la soupière.
Cependant les vomissements ne tardèrent pas à se