NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXI
larmes hypocrites et les regrets qu'elle manifestait si hautement de la mort de « sa chère maîtresse » dont elle portait le deuil avec affectation, M. Dovalle la laissa dans la maison, afin de la faire visiter aux personnes qui se présenteraient pour la louer, et, comme M™° Bricheteau touchait en nature les fermages d'une propriété voisine, elle fut chargée de les recevoir des colons et de les faire monter au grenier afin de les vendre au marché de Saumur,
Ce fut pour elle occasion ingénieuse de se procurer du poison. Sous prétexte, en effet, que ces grains attiraient les rats, elle demanda au pharmacien, qui la connaissait, une certaine quantité d'arsenic pour les détruire, prétendant qu'ils troublaient son sommeil et l'effrayaient pendant la nuit, parce qu'elle se persuadait que c'était l'âme de sa maîtresse qui revenait.
Ne pouvant supposer tant de cynisme chez une aussi jolie fille et d'apparences si honnêtes, croyant d'ailleurs facilement, au contraire, à cette hantise de la part d'une imagination campagnarde, le pharmacien accorda, sans ordonnance, l'arsenic demandé.
Ainsi munie de l'agent destructeur, comme il lui restait pour voir son rêve ambitieux aboutir à faire mourir M'"® Dovalle et ses enfants, elle ne recula pas devant cette sinistre hécatombe.
XXX ri CHARLES DOVALLE
Un dimanche, qu'elle était venue de Saumur à Montreuil pour voir son frère, elle fut reçue dans la famille Dovalle et, profitant d'une absence de surveillance que la trompeuse sécurité de ses maîtres et des autres domestiques lui accordait, elle empoisonna l'aîné des deux enfants, le petit Charles.
Devant ce qu'on croyait être une indisposition subite, le médecin, qui n'avait guère de ce titre que le nom, fut appelé et diagnostiqua une attaque de croup. Les père et mère, ignorants de la cause du mal, s'inclinèrent devant son opinion et l'enfant mourut.
Quelques mois plus tard, l'autre enfant leur était enlevé de la même manière sans qu'aucun soupçon s'élevât contre la misérable ou que l'étrange coïncidence de son passage dans la maison avec ces événements éveillât l'attention des parents, tant étaient aveugles les sentiments d'attachement pour cette fille, qu'on supposait devoir les reporter sur la famille.
Aussi, pour les entretenir dans l'esprit de ses maîtres et se les conserver, elle ne manquait jamais de revêtir ses paroles du masque menteur du plus pur dévouement et, de sa voix câline, de dire aux chers petits, lorsque sa main meurtrière leur servait le potage empoisonné : « Allons, soyez bien sages, mangez bien afin de grandir « vite ! »