NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIX
mémorable pour ses camarades et qui lui valut une réelle popularité parmi eux.
A l'un de ces congés que les jours gras ramènent, chaque hiver, pour la satisfaction des parents et des élèves réunis alors en famille, la neige se mit à tomber en si grande abondance que le principal crut devoir, par mesure de précaution, suspendre les départs des enfants étrangers à la ville.
Aussitôt Dovalle, que cette mesure atteignait péniblement dans son amour pour les siens et l'espoir trompé, après l'avoir longuement caressé à l'avance de les revoir prochainement, se renferme à l'étude et compose vite une requête en vers au principal pour fléchir sa clémence.
La pièce terminée, quelques élèves se détachent d'un groupe et se hâtent d'aller, en délégués, la lui porter, escomptant le résultat d'une telle demande qui ne se fit pas attendre.
Après l'avoir lue, le principal, vaincu par la touchante manifestation des désirs si légitimes et de la réelle déception de ces pauvres enfants, fit appeler Dovalle, le remercia et leva l'interdit, ne voulant pas ajouter à l'intempérie de la saison une aussi vive privation que cette suppression de congé.
Nous avons de cette époque, datée du 9 août, une lettre, en vers, à sa mère, pour sa fête, où son cœur
XL CHARLES DOVALLE
impatient de lui dire tout ce qu'il ressent pour elle de tendresse, devance l'échéance du bienheureux jour, tant il a besoin de s'épancher, tant son âme aimante déborde d'amour filial :
C'est aujourd'hui que je fête ma mère ; Cueille pour moi tes bouquets parfumés, Reine des fleurs, exauce ma prière.
Pare mon front de festons embaumés.
Et toi, Phœbus, que ton sacré délire Touche mon cœur, enivre tous mes sens.
Descends des cieux, viens accorder ma lyre Et de ta flamme échauffe mes accents.
Venez, venez, ô nymphes du Permesse, Accourez tous, venez voir mon bonheur !
On le voit, si Dovalle était encore tout nourri des souvenirs classiques, ce flirtage d'écolier en débauche appelant à son aide les nymphes du Parnasse, qui murmuraient à son oreille précoce des paroles provocatrices, était bien près de tourner à mal, car il joignait l'audace de Chérubin à la grâce qui attire.
Toutefois, qui eût pu songer à l'en blâmer ; il ne s'agissait point encore de galants marivaudages, mais seulement de bégayer dans le langage des dieux d'instantes prières à son maître pour attendrir sa rigueur ou, dans des missives pleines d'affection, des vœux à une mère qu'il adorait et qui, après avoir allumé elle-même en son cœur le feu sacré de l'ambition, entretenait l'huile.