PRÉFACE
Encore une fleur du jardin poétique de l'Anjou. Par malheur, la tige qui la portait fut trop tôt brisée, et c'est moins pour la fleur qu'elle a donnée que pour celles qu'elle promettait, qu'il est si déplorable
Que le soc imprudent ait blessé sa racine '.
Si Dovalle avait eu le temps de cultiver son jardin, quelque chose me dit que la rose de Montreuil-Bellay
* Dovalle : Le Soupçon.
VIII CHARLES DOVALLE
eût égalé, sinon surpassé en éclat, la rose de Provins. Il y a peut-être, en effet, plus de spontanéité, plus de fraîcheur et de grâce natives dans le mince recueil du Sylphe^ que dans celui du Myosotis, En revanche, j'accorderai volontiers qu'il y a beaucoup moins d'art ; mais, comme la poésie est avant tout un don de nature et que l'art n'est souvent qu'un trompe-l'œil, les qualités naturelles de Dovalle me font l'excuser sans peine de n'être pas assez artiste, au sens où l'on emploie aujourd'hui ce mot.
Hégésippe Moreau avait subi l'influence d'André Chénier. Dovalle paraît avoir subi plutôt celle de Millevoye, dans l'élégie, et celle des petits conteurs du XVIII® siècle, dans le fabhau et la chanson. Car il avait, comme Hégésippe, deux cordes à sa lyre : la corde sentimentale et la corde humoristique. Et, de même que, dans le Myosotis, on hésite entre les couplets de Nicolas ou ceux des Modistes hospitalières, qui provoquent le rire, et les beaux vers de la Voidzie ou de V Isolement, qui font pleurer ; — de même, dans le recueil du Sylphe, on ne sait à qui donner la préférence, du Premier Désir ou du Curé de Meiidon. M'est avis cependant que la vraie note de Dovalle était la note humoristique et que,
* C'est le titre sous lequel fut publiée la première édition des poésies de Dovalle. Paris, chez Ladvocat, 1830.