‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 29 sur 95 · NOTICE BIOGRAPHIQUE LXV · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE LXV

montré très préoccupé des conséquences funestes qu'elle pouvait avoir pour lui. Avec l'inconscience ou le mépris du danger de l'homme qui, en marchant au feu, a fait le sacrifice de sa vie, il allait offrir sa poitrine à la mort pour cette question futile d'amour-propre, plutôt que de retirer une opinion sans valeur et des expressions qui avaient été sans doute trop vives de part et d'autre.

Vainement, Louis Desnoyers, aussitôt prévenu, qui entrevoyait le danger, voulut se substituer à lui et assumer, comme rédacteur en chef, la responsabilité de l'article ; habitué à fréquenter les salles d'armes, il avait une réputation de bon tireur qui eût donné à réfléchir à Mira et, dans tous les cas, eût rendu le combat plus égal. Il semble même qu'arrivé le premier au rendez-vous, à sa demande, un concert se fût déjà établi entre les témoins et l'offensé, pour donner en ce sens satisfaction à l'honneur, lorsque Dovalle survint à son tour sur le terrain. En apprenant le compromis dont il était l'objet, il déclina l'offre généreuse de son ami et, malgré son insistance, ne voulut rien entendre, déclarant qu'il était venu avec l'intention très arrêtée de se battre lui-même et non d'assister à une parade.

Tout en déplorant cette courageuse témérité de sa part, force fut bien de s'incliner cependant devant la loyale attitude et la volonté de ce jeune imprudent,

LXVI CHARLES DOVALLE

aussi prompt à sceller son opinion de son sang que de sa plume.

Les témoins avaient choisi pour lieu de combat une ancienne redoute de Clignancourt construite pour la fortification de Paris en 1815. Après les préliminaires habituels de ces rencontres, les adversaires furent mis en présence ; Mira^ qui avait peut-être compté, au dernier moment, sur une rétractation et des excuses, rompit avec violence et fut blessé par l'épée de son adversaire, malgré son inexpérience.

Vexé probablement de cet insuccès, il demanda que le duel continuât au pistolet, arme dont les chances lui paraissaient pour lui plus certaines. L'on ne saurait trop regretter que les témoins, au lieu de condescendre à ce désir n'aient pas arrêté le combat, à ce moment, et qu'une tentative d'arrangement ne soit pas intervenue en vue de rapprocher les deux parties ou d'en rendre l'issue moins dangereuse.

Devant l'exigence de cet homme, que la lutte et le besoin de venger ce premier échec avaient enivré et exaspéré, la reprise fut accordée. Il lui fallait désormais une victime ; comme si, dans les conditions d'infériorité évidente qui l'enhardissaient à poursuivre le combat, la

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