NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIII
même. Celui-ci (Mira), loin d'accueillir sa réclamation comme il l'espérait, lui opposa une fin de non-recevoir catégorique et l'éconduisit grossièrement.
Le jeune critique s'était-il montré dans ses appréciations trop sévère pour le personnel de la troupe, ou sa jeunesse, le défaut de notoriété du journal qu'il représentait, quelque accès d'humeur avaient-ils rendu Mira intraitable, il serait bien difficile de le dire; mais Dovalle n'était point de tempérament ni d'âge à laisser tomber l'afTront de ce refus ^
* Les directeurs de théâtre regardent à bon droit comme une faveur les entrées gratuites qu'ils accordent bénévolement à la presse et se font de leur retrait un moyen de représailles contre les critiques peu bienveillants qui manquent d'indulgence vis-à-vis d'eux ou de leurs acteurs. Aussi les incidents sont-ils fréquents. Le journal le Gaulois rapportait, il y a quelques années, à propos d'un conflit de cette nature, une anecdote qui prouve que, grâce à la solidarité existant entre les membres de la critique théâtrale, ils n'ont pas toujours une aussi fatale issue.
Dans les premières années de l'Empire, le critique dramatique de X Événement, que dirigeaient alors MM. Paul Meurice et Auguste Vacquerie, était un jeune homme, romantique exalté, M. Adolphe Gaiffe, dont la plume incisive avait fort maltraité X Ambigu. Son directeur, M. de Chilly, ayant voulu supprimer le service de ce critique, raya son nom du registre des entrées ; alors ses camarades, se sentant atteints dans la personne de l'un des leurs, mirent ce théâtre en interdit ; mais un soir d& pretnière qu'on ne pouvait cependant s'abstenir, Paul de Saint- Victor, qui avait été le témoin du refus opposé à Gaiffe, entra dans la salle seulement pour en ressortir immédiatement suivi de tous ses confrères, parmi lesquels les critiques les plus influents comme Jules Janin, Théophile Gautier, Lireux, etc. En présence de cet exode, les artistes restèrent interloqués et la représentation fut suspendue ; toutefois, après des explications, les critiques rentraient bientôt avec Gaiffe qui, ce soirlà, paya son fauteuil; mais le lendemain le directeur rétablissait son service des entrées.
LXIV^ CHARLES DOVALLE
Il rentra chez lui et écrivit ah ïrato une lettre assez vive de protestation qui parut dans le Lutin du lendemain, 27 novembre, sous le titre : Spectacle , où il s'élevait avec la fougue de la jeunesse contre ce qu'il considérait comme un procédé personnel indélicat et un déni de justice ; puis, en écrivain désireux de tirer une petite vengeance de sa plume et d'empoisonner sa lettre par un trait final, il la terminait ainsi : « M. Mira peut être Mira sévère, mais ne sera jamais, à coup sûr, Mirabeau. »
Jeu de mot d'enfant terrible en courroux, à peine capable d'entamer l'épiderme et qu'un homme mûr et sérieux dans la situation de Mira aurait pu dédaigner ; mais, bien que dans la maison de Brunet, comme on disait alors, l'on fût habitué aux joyeux calembours, il n'en demeura point ainsi ; son amour-propre s'en montra froissé et il exigea une réparation par les armes.
Rêveur et poète, Dovalle n'avait jamais manié une épée ni tenu un pistolet ; toutefois, en sa qualité de fils d'ancien soldat de la République, il se fit un point d'honneur d'accepter le combat; il eût cru, étant donné l'esprit chevaleresque de son âge, en le refusant, paraître vouloir échapper à la responsabilité de son article et déchoir dans son estime ou celle de ses amis.
La rencontre fut donc arrêtée, sans qu'il semble s'être