NOTICE BIOGRAPHIQUE XCIII
semblant, un moment, lui promettre des reflets de gloire et non ces sombres deuils.
Elle se reportait souvent vers cette douce image des jeunes années écoulées au milieu du calme et du bonheur, qui lui apparaissait comme une éclaircie à travers les nuages et, dans son idolâtre affection pour son frère bien aimé, Charles, se demandait, dit M. Claretie, devenu son confident, « si le poète du Sylphe et de la Bergeronnette était oublié ».
Montretiil- Bellay — Ruines du vieux pont
Mais la mort, en portant autour d'elle ses ravages dans cette famille, loin d'effacer le nom de Dovalle, l'avait, par son malheur même, rendu populaire dans le pays qu'elle avait habité et où son histoire était restée à l'état d'effrayante légende.
Le livre du poète était d'ailleurs devenu rare, ses poésies n'étaient guère connues que d'un petit nombre de
NOTICE TUOGRAPHIOUE XCV
bibliophiles, privilégiés de la fortune, assez riches ou assez heureux pour les posséder, et l'on n'en parlait que d'après divers morceaux reproduits dans toutes les anthologies.
Malgré l'attachement de ses compatriotes et l'admiration de quelques fervents de lettres, épris de poésie ou de romantisme, son œuvre, ébauche d'un jour qui n'avait pas eu de lendemain, menaçait donc de sombrer dans le flot montant des productions littéraires sans cesse grandissantes de notre époque, lorsque cette sœur et Louvet, parvenu au faîte de la fortune, qui avaient voué à sa mémoire un culte pieux, résolurent de la faire revivre parmi nous en en donnant une nouvelle et plus complète édition de ses poésies, à laquelle l'intelligent éditeur Charpentier prêta le concours de sa bonne volonté et de sa réputation.
Elle parut en 1868 ' et reçut dans le monde littéraire qui attendait cette réimpression avec impatience, et particulièrement en Anjou, parmi ceux qui s'enorgueillissent des gloires de la petite patrie, l'accueil le plus chaleureux.
La presse parisienne lui accorda de flatteurs éloges dans des comptes rendus dus à la plume d'éminents critiques : MM. le comte H. de Vieilcastel dans la i^r«;/c^ /
1 Un vol. in-i6, Paris, 1868, 221 pp.
XCVI CHARLES DOVALLE
Louis Esnault dans le Constitutionnel ; Jules Levallois dans V Opinion nationale, et Cuvillier-Fleury dans les Débats.
La presse locale ne lui fut pas moins favorable ; la Revue deVAnjoti'^., le Journal de Maine-et-Loire (article de M. Biéchy, reproduit par la Loire illustrée de Tours), rendirent hommage à l'heureuse idée qui avait inspiré cette réédition.
Quant à l'auteur de tous ces maux, Mira, pas une parole haineuse, avons -nous dit, n'avait échappé aux lèvres mourantes de Dovalle contre lui, car il n'avait jamais connu ce sentiment, et Louvet, imitant sa résignation, écrivait : « Et nous aussi, nous serons généreux « à son exemple. Puisse-t-il, celui-là, avoir une vie pleine « de jours, des paroles de paix à son lit de mort, une « famille pour lui fermer les yeux et des amis pour « pleurer sur sa tombe ! »
Hélas ! ce vœu ne s'est pas réalisé et, malgré la pensée de charité chrétienne qui l'a dicté, il sonne pour la postérité comme le ton prophétique d'une malédiction ; car, depuis ce jour-là, il semble avoir porté le triste châtiment de l'homme qui n'a su ni respecter le talent et la jeunesse dans sa fleur, ni se montrer indulgent aux écarts de son effervescente ardeur.
* 4« série, t. III, 1868, p. 187.